基督山伯爵中法对照22

唐太斯上船不到一天,就和船上人搞得很熟了。少女阿梅丽号(这艘热那亚独桅船的船名)上这位可敬的船长,虽然没受过法利亚神甫的教导,却几乎懂得地中海沿岸的各种语言,从阿拉伯语到普罗旺斯语,都能一知半解地说上几句,所以他不必雇用翻译,多一个人总是多一个累赘,而且常常多一个泄漏秘密的机会。这种语言上的能力,使他和人交换信息非常方便,不论是和他在海上所遇到的帆船,和那些沿着海岸航行的小舟,或和那些来历不明的人,这种人,没有姓名,没有国籍,没有明白的称呼,在海口的码头上可以看到他们,他们靠着那种秘密的经济来源生活,而由于看不出他们经济的来源,我们只能称他们是靠天过活的。读者可能已猜出来了,唐太斯是在一条走私船上。

鉴于上述这种情况,船长把唐太斯收留在船上,是不无怀疑的。他同沿海岸的海关官员都非常熟悉。而这些可敬的先生们和他之间时时都在勾心斗角,所以最初他以为唐太斯或许是税务局派来的一个密探,用这条巧计来刺探他这一行动的秘密。但唐太斯操纵这只小船的熟练程度又使他完全放了心。后来,当他看到伊夫堡的上空升起了一缕象羽毛似的轻烟,他立刻想到,他的船上已接纳了一位象国王那样他们要鸣炮致敬的人物。应该说,这时他多少放心了一些,因为这样的一位新来者总比来个海关官员要强,可是当他看到这位新来的伙计态度十分泰然,后面这一层怀疑也就象前者一样地消失了。

所以爱德蒙占了个便宜,他可以知道船长是什么样的人,而船长却不知道他是谁。不论那个老水手和他的船员用什么方法来套他的话,他都能顶得住,不泄露半点真情,只坚持说他最初的那番话,他把那不勒斯和马耳他描绘得绘声绘色,他对这些地方了解得象马赛一样清楚。所以那个热那亚人虽然精明,却被唐太斯用温和的态度和熟练的航海技术蒙骗了过去。当然,也许这位热那亚人也同那些明智的人一样,他们除了自己应该知道的事以外别的都不想去知道,除了愿望相信的事情以外,别的都不相信。

而就在这种对互相都有利的状况之下,他们到达了里窝那。在这儿,爱德蒙又要接受一次考验:这就是十四年来他不曾看见过自己是什么模样,他现在还认识自己吗。对于自己年轻时的容貌,他还保存着一个完好的记忆,现在要面对的是成年时的自己究竟变成个什么样子。他的新朋友们相信他所许的愿该兑现了。他以前曾在里窝那停靠过不下二十次。他记得在圣。费狄南街有一家理发店,他就到那儿去刮胡子理头发了。理发师惊异地望着这个长发黑须的人,他看上去就象提香[提香(1487—1576)意大利画家]名画上的人物。当时并不流行这样的大胡子和这样的长头发,而倘若在今天,假如一个人天赋有这样的美质而竟自动愿意舍弃,一定会使理发师大为惊奇的。那位里窝那理发师不加思索,立刻就干了起来。

修理完以后,爱德蒙感到自己的下巴已十分光滑,而头发也与常人一般长短了,他要了一面镜子,从镜子里端祥着自己。我已说过,他现在已经三十三岁了,十四年的牢狱生活已在他的脸上发生了气质上的变化。唐太斯进伊夫堡时,有着幸福年轻人的圆圆的,坦诚的,微笑的脸,他一生中早年所走的路是平坦的,而他以为,未来自然只是过去的继续。但现在这一切都变了。他那椭圆形的脸已拉长了,那张含笑的嘴出在已刻上了显示意志坚强而沉着的线条;那饱满的额头上出现了一条深思的皱纹;他的眼睛里充满了抑郁的神色,从中不时地闪现出愤泄嫉俗的仇和恨的光芒;他的脸色,因长期不和阳光接触,而变成了苍白色,配上他那黑色的头发,现出一种北欧人的那种贵族美;他学到的深奥的知识又使他脸上焕发出一种泰然自若的智慧之光:他的身材本来就很颀长,长年来体内又积蓄力量,所以显得更加身强体壮了。

丰满结实而肌肉发达的身材已一变而为消瘦劲健,文质彬彬的仪表。他的嗓音,因祈祷,啜泣和诅咒而发生了很大的变化,时而温柔恳切,听来非常动人,时而粗声气近乎嘶哑。

而且,由于长久生活在昏暗的地方,他的眼睛早已变得象鬣狗和狼的眼睛一样,具有能在黑夜里辨别东西的能力。爱德蒙望着镜子里的自己笑了,即使他最好的朋友 ——假如他的确还有什么朋友留在世上的话——也不可能认出他来了,他自己都认不出自己来了。少女阿梅丽号的船长极希望留下象爱德蒙这样有用的人,他预支了一些将来应得的红利给爱德蒙。理发师刚使爱德蒙初步改变了模样,他就离开理发店来到了一家商店里,买了全套的水手服装,我们都知道,那是非常简单的,不过是条全白色的裤子,一件海魂衫和一顶帽子。爱德蒙穿着这套服装到了船上,把雅格布借给他的衬衫和裤子还给了他,重新站在“少女阿梅丽号”船长的面前。船长叫他把他的身世重新讲了一遍,他已认不出眼前这个整洁文雅的水手就是那个留有大胡子,头发里缠满了海藻,全身浸在海水里,快要淹死的时候赤裸裸地被他手下的人救起来的那个人。

看到爱德蒙这样焕然一新的样子,他又重新提议,想长期雇用唐太斯。但唐太斯有自己的打算,只接受了三个月的聘期。

少女阿梅丽号现在有一个非常得力的,非常服从他们船长的伙计。船长一向总是惜时如金,他在里窝那停靠了不到一星期,他的船上已装满了印花纱布,禁止出口的棉花,英国火药和专卖局忘记盖上印的烟草。船长要把这些货都免税弄出里窝那,运到科西嘉沿岸在那儿,再由一些投机商人把货物转运到法国去。他们的船启航了,爱德蒙又在浅蓝色的大海上破浪前进了,大海是他的青年时代活动的天地,他在狱中曾常常梦到它。现在戈尔纳在他的右边,皮亚诺扎在他的左边,他正在向巴奥里和拿破仑的故乡前进。第二天早晨,当船长来到甲板上的时候(他老是一早就到甲板上去的),他发现唐太斯正斜靠在船舷上,以一种奇特的目光注视着一座被朝阳染成玫瑰色的花岗石的岩山:那就是基督山小岛。少女阿梅丽号在其左舷离它还不到一里路的地方驶过去了,直奔科西嘉而去。

这个小岛的名字和唐太斯是这样的休戚相关,当他们这样近地经过它的时候,他不禁在心里想:他只要一下跳进海里用不了半小时,他就可以登上那块上帝赐与他的土地了。不过,那样的话他没有工具来发掘宝藏,也没有武器来保护它,他该怎么办呢?而且,水手们会怎么说,船长会怎么想呢?他必须等待。幸好,他已学会了如何等待。为了自由他曾等待了十四年,现在为了财富,他当然可以再等上一年半载的。最初要是只给他自由而不给他财富,他不是也同样会接受吗?再说,那些财富该不会只是个幻想吧?是可怜的法利亚神甫脑子有病时想出来的东西,是否已同他一起离开了尘世呢?不过,红衣主教斯帕达的那封信是唯一有关的证据,于是唐太斯把那张纸上的内容又从头到尾的默述了一遍,他一个字也没有忘。

黄昏来临了,爱德蒙眼看着那个小岛被宠罩在薄暮之中并渐渐地远去了,终于在船上其它人的眼前消失了,但却没有在他的眼前消失。因为他的眼睛在牢狱中早已炼就了透过黑暗看东西的能力,他仍继续看着它,并最后一个离开了甲板。

第二天破晓的时候,他们已到了阿立里亚海外。他们整天沿着海岸航行,到了傍晚时分,岸上燃起了灯火。这火光大概是约定的暗号,一看到这火光,他们就知道可以靠岸了,因为有一盏信号灯不是挂在旗杆上而是挂在桅顶上,于是他们就向岸边靠近,驶到了大炮的射程以内。唐太斯注意到,当他们向岸边靠近的时候,船长架起了两尊旧式的小炮,这两尊炮能把四磅重的炮弹射出千步之外而不会发出很大的声响。

但这一次,这种预防是多余的,一切都进行得很顺利。四只小艇轻轻地驶近帆船,帆船无疑懂得这种迎候的意思,也放了自己的小艇下海。五只小艇工作得极其神速,到了早晨两点钟,全部货物使都从少女阿梅丽号上御到了环球号上。少女阿梅凡号的船长是办事有条不紊的人,当天晚上他就分配了红利,每人得到了一百个托斯卡纳里弗,也就是说合我们的钱八十法郎。但这次航行并未结束,他们又调转船头驶向了撒丁岛,预备在那儿把已御空的船再装满。第二次行动也象第一次一样的成功,少女阿梅丽号真是太走运了。这批新货的目的地是卢加沿岸,货物几乎全都是哈瓦那雪茄,白葡萄酒和马拉加葡萄酒。

从那儿回来的时候,他们和少女阿梅丽号船长的死对头税警发生了冲突。一名海关官员被打死,两名水手受了伤,唐太斯是其中的一个,一颗子弹擦破了他的左肩。唐太斯简直很高兴受这次惊吓,对自己受伤也感到挺高兴。这是无情的教训,教会他怎样用眼睛去观察危险,以怎样的忍耐去忍受痛苦。他微笑着面对危险,就在受伤的时候,还象希腊哲人那样说道:“痛苦呀,你并不是件坏事!”他还亲眼目睹了那个受伤致死的海关官员,不知是因为战斗使他的血沸腾了呢,还是因为他那人类的情感已经麻木了,总之,他对于这个景象几乎是无动于衷的。唐太斯正踏上他所要走的路,正朝着他的既定目标前进,他的心正在经受着锤炼。雅格布看见他倒下时,以为他被打死了,就向他冲过来,将他扶起来,极力地照料他,尽了一个好伙伴的责任。

看来,这个世界虽不象班格罗斯医生[伏尔泰小说《老实人》中的人物]所相信的那样好,但也不象唐太斯所认为的那样坏,例如眼前这个人,除了能从他伙伴的身上得到那份红利以外再也无利可图了,但当他看见他倒下去的时候,却显示出那样的痛苦。幸好,我们已经说过,爱德蒙只是受了点伤,在敷上了撒丁岛老好人卖给走私贩子的一种草药(这些草药是在某些季节采集来的)以后,伤口不久就愈合了。爱德蒙想考验一下贾可布,就从他那份红利中拿出一部分来,以报答他对他的照料之情,但雅格布满脸怒气地拒绝了。

这是一种同伴间的赤诚之情,雅格布第一次看到爱德蒙的时候就对他产生了这种情感,而爱德蒙也对雅格布产生了某种友善的情感,雅格布觉得有个知己足够了。他已经本能地觉察到了爱德蒙的卓越,那是一种别人都没有觉察到的卓越;而只要爱德蒙稍微对他表示些友善,那诚实的水手也就心满意足了。

于是,当那帆船在蔚蓝色的海面上平稳地航行,当他们感谢顺风鼓满了它的帆,除了舵手以外其他一无所需的时候,爱德蒙就利用船上这段漫长的日子,手拿一张地图,充当起雅格布的教师来,就象可怜的法利亚神甫做他的老师一样。他向他指出海岸线的位置,向他解释罗盘的各种变化,教他读那本打开在我们头顶上,人们称之为天空的这本大书。这本书是上帝用钻石作文字,在苍穹中写成的。当雅格布问他,“你把这一切教给象我这样一个可怜的水手有什么用呢?”爱德蒙回答说, “谁知道呢?你也许有一天会成为船长的。你的同乡波拿巴还做了皇帝呢。”我们忘了提一句,雅格布也是科西嘉人。

两个半月的时间就在这种航行中过去了,爱德蒙本来就是一个刻苦耐劳的水手,现在又成了一个熟练的沿海航行者;他结识了沿岸所有的走私贩子,并学会了与这些海盗及走私贩子相互之间的秘密联络暗号。他一次又一次的经过他的基督山小岛,一共经过了二十多次,但始终没能找到一个机会上去。于是他下了一个决心:只要他和少女阿梅丽号船长签订的合同期一满,他就自己花钱租一只小帆船,毕竟他在几次航行中,已积蓄了一百个毕阿士特[埃及、西班牙等国的货币名。],然后找个借口到基督山小岛上去。那时他就可以完全自由地进行搜寻了,或许不能说完全自由,因为那些陪他来的人无疑会注意他的,但在这个世界上,我们得有点冒险精神才行,监狱生活已使唐太斯变得谨慎小心,他很希望不冒险。他虽然想象力丰富,但在一番苦思冥想以后,仍然是一场空,他想不出任何计划可以不用人陪伴而到他所渴望的小岛上去。有天晚上,当唐太斯正在心神不宁地考虑这些疑虑和希望的时候,那位非常信任他非常希望能留下他的船长走了过来,挽起他的一只胳膊,领他到了一艘泊在奥格里荷的独桅船上。那是里窝那的走私贩子们常去聚会的地方,他们就在这儿谈有关沿海一带的生意。唐太斯到这个地方已来过两三次,并见过了所有这些大胆勇敢散布在将近两千里沿岸范围内的免税贸易者,他曾心想,假如一个能克制一下暂时的意志上的冲动,而去把这些五花八门的关系网结合起来,则还愁何事不成。这次他们谈的是一笔大生意,即要在一艘船上装载土耳其地毯,勒旺绒布和克什米尔毛织品。大家必须先商量出一个中立的地点来做这次交易,然后设法把这些货运到法国沿岸。假如成功了,获利是极大的;每个船员可以分到五六十个毕阿士特。

少女阿梅丽号的船长建议把基督山岛作为装货的地点,那是一个荒无人烟,既无士兵,又无税吏,似乎从商人和盗贼的祖师邪神麦考莱[罗马神话中商人盗贼的保护神。]那个时代起,就孤立在海的中央了。商人和盗贼这两个阶层,在我们今天这个时代,虽然二者的界限有些模糊,还是略有区别的,但在古代,二者几乎是同一门类的。

提到基督山岛,唐太斯就兴奋得心跳加速,为了掩饰自己的情绪,他站起身来,在那烟雾腾腾,集世界上各种各样的语言为一种混合语的独桅船上兜了一个圈。当他再回到那两个对话者那儿的时候,事情已经决定了,他们决定在基督山岛相会,第二天晚上就出发。他们征求爱德蒙的意见时,他也认为那个岛从各方面来看都极安全,而且那件大事,要想做得好,就必须做得快。所以商定的计划决不再做变更,大家同意:第二天夜里就出发,假如风向和天气允许的话,就设法在第三天傍晚到达那个中立小岛的海面上。

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基督山伯爵中法对照22

Chapitre XXII

Les contrebandiers

Dantès n'avait point encore passé un jour à bord, qu'il avait déjà reconnu à qui il avait affaire. Sans avoir jamais été à l'école de l'abbé Faria, le digne patron de la Jeune-Amélie, c'était le nom de la tartane génoise, savait à peu près toutes les langues qui se parlent autour de ce grand lac qu'on appelle la Méditerranée ; depuis l'arabe jusqu'au provençal ; cela lui donnait, en lui épargnant les interprètes, gens toujours ennuyeux et parfois indiscrets, de grandes facilités de communication, soit avec les navires qu'il rencontrait en mer, soit avec les petites barques qu'il relevait le long des côtes, soit enfin avec les gens sans nom, sans patrie, sans état apparent, comme il y en a toujours sur les dalles des quais qui avoisinent les ports de mer, et qui vivent de ces ressources mystérieuses et cachées qu'il faut bien croire leur venir en ligne directe de la Providence, puisqu'ils n'ont aucun moyen d'existence visible à l'oeil nu : on devine que Dantès était à bord d'un bâtiment contrebandier.

Aussi le patron avait-il reçu Dantès à bord avec une certaine défiance : il était fort connu de tous les douaniers de la côte, et, comme c'était entre ces messieurs et lui un échange de ruses plus adroites les unes que les autres, il avait pensé d'abord que Dantès était un émissaire de dame gabelle, qui employait cet ingénieux moyen de pénétrer quelques-uns des secrets du métier. Mais la manière brillante dont Dantès s'était tiré de l'épreuve quand il avait orienté au plus près l'avait entièrement convaincu ; puis ensuite, quand il avait vu cette légère fumée flotter comme un panache au-dessus du bastion du château d'If, et qu'il avait entendu ce bruit lointain de l'explosion, il avait eu un instant l'idée qu'il venait de recevoir à bord celui à qui, comme pour les entrées et les sorties des rois, on accordait les honneurs du canon ; cela l'inquiétait moins déjà, il faut le dire, que si le nouveau venu était un douanier ; mais cette seconde supposition avait bientôt disparu comme la première à la vue de la parfaite tranquillité de sa recrue.

Edmond eut donc l'avantage de savoir ce qu'était son patron sans que son patron pût savoir ce qu'il était ; de quelque côté que l'attaquassent le vieux marin ou ses camarades, il tint bon et ne fit aucun aveu : donnant force détails sur Naples et sur Malte, qu'il connaissait comme Marseille, et maintenant, avec une fermeté qui faisait honneur à sa mémoire, sa première narration. Ce fut donc le Génois, tout subtil qu'il était, qui se laissa duper par Edmond, en faveur duquel parlaient sa douceur, son expérience nautique et surtout la plus savante dissimulation.

Et puis, peut-être le Génois était-il comme ces gens d'esprit qui ne savent jamais que ce qu'ils doivent savoir, et qui ne croient que ce qu'ils ont intérêt à croire.

Ce fut donc dans cette situation réciproque que l'on arriva à Livourne.

Edmond devait tenter là une nouvelle épreuve : c'était de savoir s'il se reconnaîtrait lui-même, depuis quatorze ans qu'il ne s'était vu ; il avait conservé une idée assez précise de ce qu'était le jeune homme, il allait voir ce qu'il était devenu homme. Aux yeux de ses camarades, son voeu était accompli : vingt fois déjà, il avait relâché à Livourne, il connaissait un barbier rue Saint-Ferdinand. Il entra chez lui pour se faire couper la barbe et les cheveux.

Le barbier regarda avec étonnement cet homme à la longue chevelure et à la barbe épaisse et noire, qui ressemblait à une de ces belles têtes du Titien. Ce n'était point encore la mode à cette époque-là que l'on portât la barbe et les cheveux si développés : aujourd'hui un barbier s'étonnerait seulement qu'un homme doué de si grands avantages physiques consentît à s'en priver.

Le barbier livournais se mit à la besogne sans observation.

Lorsque l'opération fut terminée, lorsque Edmond sentit son menton entièrement rasé, lorsque ses cheveux furent réduits à la longueur ordinaire, il demanda un miroir et se regarda.

Il avait alors trente-trois ans, comme nous l'avons dit, et ces quatorze années de prison avaient pour ainsi dire apporté un grand changement moral dans sa figure.

Dantès était entré au château d'If avec ce visage rond, riant et épanoui du jeune homme heureux, à qui les premiers pas dans la vie ont été faciles, et qui compte sur l'avenir comme sur la déduction naturelle du passé : tout cela était bien changé.

Sa figure ovale s'était allongée, sa bouche rieuse avait pris ces lignes fermes et arrêtées qui indiquent la résolution ; ses sourcils s'étaient arqués sous une ride unique, pensive : ses yeux s'étaient empreints d'une profonde tristesse, du fond de laquelle jaillissaient de temps en temps de sombres éclairs, de la misanthropie et de la haine ; son teint, éloigné si longtemps de la lumière du jour et des rayons du soleil, avait pris cette couleur maté qui fait, quand leur visage est encadré dans des cheveux noirs, la beauté aristocratique des hommes du Nord ; cette science profonde qu'il avait acquise avait, en outre, reflété sur tout son visage une auréole d'intelligente sécurité ; en outre, il avait, quoique naturellement d'une taille assez haute, acquis cette vigueur trapue d'un corps toujours concentrant ses forces en lui.

A l'élégance des formes nerveuses et grêles avait succédé la solidité des formes arrondies et musculeuses. Quant à sa voix, les prières, les sanglots et les imprécations l'avaient changée, tantôt en un timbre d'une douceur étrange, tantôt en une accentuation rude et presque rauque.

En outre, sans cesse dans un demi-jour et dans l'obscurité, ses yeux avaient acquis cette singulière faculté de distinguer les objets pendant la nuit, comme font ceux de l'hyène et du loup.

Edmond sourit en se voyant : il était impossible que son meilleur ami, si toutefois il lui restait un ami, le reconnût ; il ne se reconnaissait même pas lui-même.

Le patron de la Jeune-Amélie, qui tenait beaucoup à garder parmi ses gens un homme de la valeur d'Edmond, lui avait proposé quelques avances sur sa part de bénéfices futurs, et Edmond avait accepté ; son premier soin, en sortant de chez le barbier qui venait d'opérer chez lui cette première métamorphose, fut donc d'entrer dans un magasin et d'acheter un vêtement complet de matelot : ce vêtement, comme on le sait, est fort simple : il se compose d'un pantalon blanc, d'une chemise rayée et d'un bonnet phrygien.

C'est sous ce costume, en rapportant à Jacopo la chemise et le pantalon qu'il lui avait prêtés, qu'Edmond reparut devant le patron de la Jeune-Amélie, auquel il fut obligé de répéter son histoire. Le patron ne voulait pas reconnaître dans ce matelot coquet et élégant l'homme à la barbe épaisse, aux cheveux mêlés d'algues et au corps trempé d'eau de mer, qu'il avait recueilli nu et mourant sur le pont de son navire.

Entraîné par sa bonne mine, il renouvela donc à Dantès ses propositions d'engagement ; mais Dantès, qui avait ses projets, ne les voulut accepter que pour trois mois.

Au reste, c'était un équipage fort actif que celui de la Jeune-Amélie, et soumis aux ordres d'un patron qui avait pris l'habitude de ne pas perdre son temps. A peine était-il depuis huit jours à Livourne, que les flancs rebondis du navire étaient remplis de mousselines peintes, de cotons prohibés, de poudre anglaise et de tabac sur lequel la régie avait oublié de mettre son cachet. Il s'agissait de faire sortir tout cela de Livourne, port franc, et de débarquer sur le rivage de la Corse, d'où certains spéculateurs se chargeaient de faire passer la cargaison en France.

On partit ; Edmond fendit de nouveau cette mer azurée, premier horizon de sa jeunesse, qu'il avait revu si souvent dans les rêves de sa prison. Il laissa à sa droite la Gorgone, à sa gauche la Pianosa, et s'avança vers la patrie de Paoli et de Napoléon.

Le lendemain, en montant sur le pont, ce qu'il faisait toujours d'assez bonne heure, le patron trouva Dantès appuyé à la muraille du bâtiment et regardant avec une expression étrange un entassement de rochers granitiques que le soleil levant inondait d'une lumière rosée : c'était l'île de Monte-Cristo.

La Jeune Amélie la laissa à trois quarts de lieue à peu près à tribord et continua son chemin vers la Corse.

Dantès songeait, tout en longeant cette île au nom si retentissant pour lui, qu'il n'aurait qu'à sauter à la mer et que dans une demi-heure, il serait sur cette terre promise. Mais là que ferait-il, sans instruments pour découvrir son trésor, sans armes pour le défendre ? D'ailleurs, que diraient les matelots ? que penserait le patron ? Il fallait attendre.

Heureusement, Dantès savait attendre : il avait attendu quatorze ans sa liberté ; il pouvait bien, maintenant qu'il était libre, attendre six mois ou un an la richesse.

N'eût-il pas accepté la liberté sans la richesse si on la lui eût proposée ?

D'ailleurs cette richesse n'était-elle pas toute chimérique ? Née dans le cerveau malade du pauvre abbé Faria, n'était-elle pas morte avec lui ?

Il est vrai que cette lettre du cardinal Spada était étrangement précise.

Et Dantès répétait d'un bout à l'autre dans sa mémoire cette lettre, dont il n'avait pas oublié un mot.

Le soir vint ; Edmond vit l'île passer par toutes les teintes que le crépuscule amène avec lui, et se perdre pour tout le monde dans l'obscurité ; mais lui, avec son regard habitué à l'obscurité de la prison, il continua sans doute de la voir, car il demeura le dernier sur le pont.

Le lendemain, on se réveilla à la hauteur d'Aleria. Tout le jour on courut des bordées, le soir des feux s'allumèrent sur la côte. A la disposition de ces feux on reconnut sans doute qu'on pouvait débarquer, car un fanal monta au lieu de pavillon à la corne du petit bâtiment, et l'on s'approcha à portée de fusil du rivage.

Dantès avait remarqué, pour ces circonstances solennelles sans doute, que le patron de la Jeune-Amélie avait monté sur pivot, en approchant de la terre, deux petites couleuvrines, pareilles à des fusils de rempart, qui, sans faire grand bruit, pouvaient envoyer une jolie balle de quatre à la livre à mille pas.

Mais, pour ce soir-là, la précaution fut superflue ; tout se passa le plus doucement et le plus poliment du monde. Quatre chaloupes s'approchèrent à petit bruit du bâtiment, qui, sans doute pour leur faire honneur, mit sa propre chaloupe à la mer ; tant il y a que les cinq chaloupes s'escrimèrent si bien, qu'à deux heures du matin tout le chargement était passé du bord de la Jeune-Amélie sur la terre ferme.

La nuit même, tant le patron de la Jeune-Amélie était un homme d'ordre, la répartition de la prime fut faite : chaque homme eut cent livres toscanes de part, c'est-à-dire à peu près quatre-vingts francs de notre monnaie.

Mais l'expédition n'était pas finie ; on mit le cap sur la Sardaigne, Il s'agissait d'aller recharger le bâtiment qu'on venait de décharger.

La seconde opération se fit aussi heureusement que la première ; la Jeune Amélie était en veine de bonheur.

La nouvelle cargaison était pour le duché de Lucques. Elle se composait presque entièrement de cigares de La Havane, de vin de Xérès et de Malaga.

Là on eut maille à partir avec la gabelle, cette éternelle ennemie du patron de la Jeune-Amélie. Un douanier resta sur le carreau, et deux matelots furent blessés. Dantès était un de ces deux matelots ; une balle lui avait traversé les chairs de l'épaule gauche.

Dantès était presque heureux de cette escarmouche et presque content de cette blessure ; elles lui avaient, ces rudes institutrices, appris à lui-même de quel oeil il regardait le danger et de quel coeur il supportait la souffrance. Il avait regardé le danger en riant, et en recevant le coup il avait dit comme le philosophe grec : « Douleur, tu n'es pas un mal. »

En outre, il avait examiné le douanier blessé à mort, et, soit chaleur du sang dans l'action, soit refroidissement des sentiments humains, cette vue ne lui avait produit qu'une légère impression. Dantès était sur la voie qu'il voulait parcourir, et marchait au but qu'il voulait atteindre : son coeur était en train de se pétrifier dans sa poitrine.

Au reste, Jacopo, qui, en le voyant tomber, l'avait cru mort, s'était précipité sur lui, l'avait relevé, et enfin, une fois relevé, l'avait soigné en excellent camarade.

Ce monde n'était donc pas si bon que le voyait le docteur Pangloss ; mais il n'était donc pas non plus si méchant que le voyait Dantès, puisque cet homme, qui n'avait rien à attendre de son compagnon que d'hériter sa part de primes, éprouvait une si vive affliction de le voir tué ?

Heureusement, nous l'avons dit, Edmond n'était que blessé. Grâce à certaines herbes cueillies à certaines époques et vendues aux contrebandiers par de vieilles femmes sardes, la blessure se referma bien vite. Edmond voulut tenter alors Jacopo ; il lui offrit, en échange des soins qu'il en avait reçus, sa part des primes, mais Jacopo refusa avec indignation.

Il était résulté de cette espèce de dévouement sympathique que Jacopo avait voué à Edmond du premier moment où il l'avait vu, qu'Edmond accordait à Jacopo une certaine somme d'affection. Mais Jacopo n'en demandait pas davantage : il avait deviné instinctivement chez Edmond cette suprême supériorité à sa position, supériorité qu'Edmond était parvenu à cacher aux autres. Et de ce peu que lui accordait Edmond, le brave marin était content.

Aussi, pendant les longues journées de bord, quand le navire courant avec sécurité sur cette mer d'azur n'avait besoin, grâce au vent favorable qui gonflait ses voiles, que du secours du timonier, Edmond, une carte marine à la main, se faisait instituteur avec Jacopo, comme le pauvre abbé Faria s'était fait instituteur avec lui. Il lui montrait le gisement des côtes, lui expliquait les variations de la boussole, lui apprenait à lire dans ce grand livre ouvert au-dessus de nos têtes, qu'on appelle le ciel, et où Dieu a écrit sur l'azur avec des lettres de diamant.

Et quand Jacopo lui demandait :

« A quoi bon apprendre toutes ces choses à un pauvre matelot comme moi ? »

Edmond répondait :

« Qui sait ? tu seras peut-être un jour capitaine de bâtiment : ton compatriote Bonaparte est bien devenu empereur ! »

Nous avons oublié de dire que Jacopo était Corse.

Deux mois et demi s'étaient déjà écoulés dans ces courses successives. Edmond était devenu aussi habile caboteur qu'il était autrefois hardi marin ; il avait lié connaissance avec tous les contrebandiers de la côte : il avait appris tous les signes maçonniques à l'aide desquels ces demi-pirates se reconnaissent entre eux.

Il avait passé et repassé vingt fois devant son île de Monte-Cristo, mais dans tout cela il n'avait pas une seule fois trouvé l'occasion d'y débarquer.

Il avait donc pris une résolution :

C'était, aussitôt que son engagement avec le patron de la Jeune-Amélie aurait pris fin, de louer une petite barque pour son propre compte Dantès le pouvait, car dans ses différentes courses il avait amassé une centaine de piastres, et, sous un prétexte quelconque, de se rendre à l'île de Monte-Cristo.

Là, il ferait en toute liberté ses recherches.

Non pas en toute liberté, car il serait, sans aucun doute, espionné par ceux qui l'auraient conduit.

Mais dans ce monde il faut bien risquer quelque chose.

La prison avait rendu Edmond prudent, et il aurait bien voulu ne rien risquer.

Mais il avait beau chercher dans son imagination, si féconde qu'elle fût, il ne trouvait pas d'autres moyens d'arriver à l'île tant souhaitée que de s'y faire conduire.

Dantès flottait dans cette hésitation, lorsque le patron, qui avait mis une grande confiance en lui, et qui avait grande envie de le garder à son service, le prit un soir par le bras et l'emmena dans une taverne de la via del Oglio, dans laquelle avait l'habitude de se réunir ce qu'il y a de mieux en contrebandiers à Livourne.

C'était là que se traitaient d'habitude les affaires de la côte. Déjà deux ou trois fois Dantès était entré dans cette Bourse maritime ; et en voyant ces hardis écumeurs que fournit tout un littoral de deux mille lieues de tour à peu près, il s'était demandé de quelle puissance ne disposerait pas un homme qui arriverait à donner l'impulsion de sa volonté à tous ces fils réunis ou divergents.

Cette fois, il était question d'une grande affaire : il s'agissait d'un bâtiment chargé de tapis turcs, d'étoffes du Levant et de Cachemire ; il fallait trouver un terrain neutre où l'échange pût se faire, puis tenter de jeter ces objets sur les côtes de France.

La prime était énorme si l'on réussissait, il s'agissait de cinquante à soixante piastres par homme.

Le patron de la Jeune-Amélie proposa comme lieu de débarquement l'île de Monte-Cristo, laquelle, étant complètement déserte et n'ayant ni soldats ni douaniers, semble avoir été placée au milieu de la mer du temps de l'Olympe païen par Mercure, ce dieu des commerçants et des voleurs, classes que nous avons faites séparées, sinon distinctes, et que l'Antiquité, à ce qu'il paraît, rangeait dans la même catégorie.

A ce nom de Monte-Cristo, Dantès tressaillit de joie : il se leva pour cacher son émotion et fit un tour dans la taverne enfumée où tous les idiomes du monde connu venaient se fondre dans la langue franque.

Lorsqu'il se rapprocha des deux interlocuteurs, il était décidé que l'on relâcherait à Monte-Cristo et que l'on partirait pour cette expédition dès la nuit suivante.

Edmond, consulté, fut d'avis que l'île offrait toutes les sécurités possibles, et que les grandes entreprises, pour réussir, avaient besoin d'être menées vite.

Rien ne fut donc changé au programme arrêté. Il fut convenu que l'on appareillerait le lendemain soir, et que l'on tâcherait, la mer étant belle et le vent favorable, de se trouver le surlendemain soir dans les eaux de l'île neutre.[1][2] ...

基督山伯爵中法对照19

Chapitre XIX

Le troisième accès

Maintenant que ce trésor, qui avait été si longtemps l'objet des méditations de l'abbé, pouvait assurer le bonheur à venir de celui que Faria aimait véritablement comme son fils, il avait encore doublé de valeur à ses yeux ; tous les jours il s'appesantissait sur la quotité de ce trésor, expliquant à Dantès tout ce qu'avec treize ou quatorze millions de fortune un homme dans nos temps modernes pouvait faire de bien à ses amis ; et alors le visage de Dantès se rembrunissait, car le serment de vengeance qu'il avait fait se représentait à sa pensée, et il songeait, lui, combien dans nos temps modernes aussi un homme avec treize ou quatorze millions de fortune pouvait faire de mal à ses ennemis.

L'abbé ne connaissait pas l'île de Monte-Cristo, mai Dantès la connaissait : il avait souvent passé devant cette île, située à vingt-cinq milles de la Pianosa, entre la Corse et l'île d'Elbe, et une fois même il y avait relâché. Cette île était, avait toujours été et est encore complètement déserte ; c'est un rocher de forme presque conique, qui semble avoir été poussé par quelque cataclysme volcanique du fond de l'abîme à la surface de la mer.

Dantès faisait le plan de l'île à Faria, et Faria donnait des conseils à Dantès sur les moyens à employer pour retrouver le trésor.

Mais Dantès était loin d'être aussi enthousiaste et surtout aussi confiant que le vieillard. Certes, il était bien certain maintenant que Faria n'était pas fou, et la façon dont il était arrivé à la découverte qui avait fait croire à sa folie redoublait encore son admiration pour lui ; mais aussi il ne pouvait croire que ce dépôt, en supposant qu'il eût existé, existât encore, et, quand il ne regardait pas le trésor comme chimérique, il le regardait du moins comme absent.

Cependant, comme si le destin eût voulu ôter aux prisonniers leur dernière espérance et leur faire comprendre qu'ils étaient condamnés à une prison perpétuelle, un nouveau malheur les atteignit : la galerie du bord de la mer, qui depuis longtemps menaçait ruine, avait été reconstruite ; on avait réparé les assises et bouché avec d'énormes quartiers de roc le trou déjà à demi comblé par Dantès Sans cette précaution, qui avait été suggérée, on se le rappelle, au jeune homme par l'abbé, leur malheur était bien plus grand encore, car on découvrait leur tentative d'évasion, et on les séparait indubitablement : une nouvelle porte, plus forte, plus inexorable que les autres, s'était donc encore refermée sur eux.

« Vous voyez bien, disait le jeune homme avec une douce tristesse à Faria, que Dieu veut m'ôter jusqu'au mérite de ce que vous appelez mon dévouement pour vous. Je vous ai promis de rester éternellement avec vous, et je ne suis plus libre maintenant de ne pas tenir ma promesse ; je n'aurai pas plus le trésor que vous, et nous ne sortirons d'ici ni l'un ni l'autre. Au reste, mon véritable trésor, voyez-vous, mon ami, n'est pas celui qui m'attendait sous les sombres roches de Monte-Cristo, c'est votre présence, c'est notre cohabitation de cinq ou six heures par jour, malgré nos geôliers ; ce sont ces rayons d'intelligence que vous avez versés dans mon cerveau, ces langues que vous avez implantées dans ma mémoire et qui y poussent avec toutes leurs ramifications philologiques. Ces sciences diverses que vous m'avez rendues si faciles par la profondeur de la connaissance que vous en avez et la netteté des principes où vous les avez réduites, voilà mon trésor, ami, voilà en quoi vous m'avez fait riche et heureux. Croyez-moi et consolez-vous, cela vaut mieux pour moi que des tonnes d'or et des caisses de diamants, ne fussent elles pas problématiques, comme ces nuages que l'on voit le matin flotter sur la mer, que l'on prend pour des terres fermes, et qui s'évaporent, se volatilisent et s'évanouissent à mesure qu'on s'en approche. Vous avoir près de moi le plus longtemps possible, écouter votre voix éloquente orner mon esprit, retremper mon âme, faire toute mon organisation capable de grandes et terribles choses si jamais je suis libre, les emplir si bien que le désespoir auquel j'étais prêt à me laisser aller quand je vous ai connu n'y trouve plus de place, voilà ma fortune, à moi : celle-là n'est point chimérique ; je vous la dois bien véritable, et tous les souverains de la terre, fussent-ils des César Borgia, ne viendraient pas à bout de me l'enlever. »

Ainsi, ce furent pour les deux infortunés, sinon d'heureux jours, du moins des jours assez promptement écoulés que les jours qui suivirent. Faria, qui pendant de si longues années avait gardé le silence sur le trésor, en reparlait maintenant à toute occasion. Comme il l'avait prévu, il était resté paralysé du bras droit et de la jambe gauche, et avait à peu près perdu tout espoir d'en jouir lui-même ; mais il rêvait toujours pour son jeune compagnon une délivrance ou une évasion, et il en jouissait pour lui. De peur que la lettre ne fût un jour égarée ou perdue, il avait forcé Dantès de l'apprendre par coeur, et Dantès la savait depuis le premier jusqu'au dernier mot. Alors il avait détruit la seconde partie, certain qu'on pouvait retrouver et saisir la première sans en deviner le véritable sens. Quelquefois, des heures entières se passèrent pour Faria à donner des instructions à Dantès, instructions qui devaient lui servir au jour de sa liberté. Alors, une fois libre, du jour, de l'heure, du moment où il serait libre, il ne devait plus avoir qu'une seule et unique pensée, gagner Monte-Cristo par un moyen quelconque, y rester seul sous un prétexte qui ne donnât point de soupçons, et, une fois là, une fois seul, tâcher de retrouver les grottes merveilleuses et fouiller l'endroit indiqué. L'endroit indiqué, on se le rappelle, c'est l'angle le plus éloigné de la seconde ouverture.

En attendant les heures passaient, sinon rapides, du moins supportables. Faria, comme nous l'avons dit, sans avoir retrouvé l'usage de sa main et de son pied, avait reconquis toute la netteté de son intelligence, et avait peu à peu, outre les connaissances morales que nous avons détaillées, appris à son jeune compagnon ce métier patient et sublime du prisonnier, qui de rien sait faire quelque chose. Ils s'occupaient donc éternellement, Faria de peur de se voir vieillir, Dantès de peur de se rappeler son passé presque éteint, et qui ne flottait plus au plus profond de sa mémoire que comme une lumière lointaine égarée dans la nuit ; tout allait ainsi, comme dans ces existences où le malheur n'a rien dérangé et qui s'écoulent machinales et calmes sous l'oeil de la Providence.

Mais, sous ce calme superficiel, il y avait dans le coeur du jeune homme, et dans celui du vieillard peut-être, bien des élans retenus, bien des soupirs étouffés, qui se faisaient jour lorsque Faria était resté seul et qu'Edmond était rentré chez lui.

Une nuit, Edmond se réveilla en sursaut, croyant s'être entendu appeler.

Il ouvrit les yeux et essaya de percer les épaisseurs de l'obscurité.

Son nom, ou plutôt une voix plaintive qui essayait d'articuler son nom, arriva jusqu'à lui.

Il se leva sur son lit, la sueur de l'angoisse au front, et écouta. Plus de doute, la plainte venait du cachot de son compagnon.

« Grand Dieu ! murmura Dantès ; serait-ce... ? »

Et il déplaça son lit, tira la pierre, s'élança dans le corridor et parvint à l'extrémité opposée ; la dalle était levée.

A la lueur de cette lampe informe et vacillante dont nous avons parlé, Edmond vit le vieillard pâle, debout encore et se cramponnant au bois de son lit. Ses traits étaient bouleversés par ces horribles symptômes qu'il connaissait déjà et qui l'avaient tant épouvanté lorsqu'ils étaient apparus pour la première fois.

« Eh bien, mon ami, dit Faria résigné, vous comprenez, n'est-ce pas ? et je n'ai besoin de vous rien apprendre ! »

Edmond poussa un cri douloureux, et perdant complètement la tête, il s'élança vers la porte en criant :

« Au secours ! au secours ! »

Faria eut encore la force de l'arrêter par le bras.

« Silence ! dit-il, ou vous êtes perdu. Ne songeons plus qu'à vous mon ami, à vous rendre votre captivité supportable ou votre fuite possible. Il vous faudrait des années pour refaire seul tout ce que j'ai fait ici, et qui serait détruit à l'instant même par la connaissance que nos surveillants auraient de notre intelligence. D'ailleurs, soyez tranquille, mon ami, le cachot que je vais quitter ne restera pas longtemps vide : un autre malheureux viendra prendre ma place. A cet autre, vous apparaîtrez comme un ange sauveur. Celui-là sera peut-être jeune, fort et patient comme vous, celui-là pourra vous aider dans votre fuite, tandis que je l'empêchais. Vous n'aurez plus une moitié de cadavre liée à vous pour vous paralyser tous vos mouvements. Décidément, Dieu fait enfin quelque chose pour vous : il vous rend plus qu'il ne vous ôte, et il est bien temps que je meure. »

Edmond ne put que joindre les mains et s'écrier :

« Oh ! mon ami, mon ami, taisez-vous ! »

Puis reprenant sa force un instant ébranlée par ce coup imprévu et son courage plié par les paroles du vieillard :

« Oh ! dit-il, je vous ai déjà sauvé une fois, je vous sauverai bien une seconde ! »

Et il souleva le pied du lit et en tira le flacon encore au tiers plein de la liqueur rouge.

« Tenez, dit-il ; il en reste encore, de ce breuvage sauveur. Vite, vite, dites-moi ce qu'il faut que je fasse cette fois ; y a-t-il des instructions nouvelles ? Parlez, mon ami, j'écoute.

- Il n'y a pas d'espoir, répondit Faria en secouant la tête ; mais n'importe ; Dieu veut que l'homme qu'il a créé, et dans le coeur duquel il a si profondément enraciné l'amour de la vie, fasse tout ce qu'il pourra pour conserver cette existence si pénible parfois, si chère toujours.

- Oh ! oui, oui, s'écria Dantès, et je vous sauverai, vous dis-je !

- Eh bien, essayez donc ! le froid me gagne ; je sens le sang qui afflue à mon cerveau ; cet horrible tremblement qui fait claquer mes dents et semble disjoindre mes os commence à secouer tout mon corps ; dans cinq minutes le mal éclatera, dans un quart d'heure il ne restera plus de moi qu'un cadavre

- Oh ! S'écria Dantès le coeur navré de douleur.

- Vous ferez comme la première fois, seulement vous n'attendrez pas si longtemps. Tous les ressorts de la vie sont bien usés à cette heure, et la mort, continua-t-il en montrant son bras et sa jambe paralysés, n'aura plus que la moitié de la besogne à faire. Si après m'avoir versé douze gouttes dans la bouche, au lieu de dix, vous voyez que je ne reviens pas, alors vous verserez le reste. Maintenant, portez-moi sur mon lit, car je ne puis plus me tenir debout. »

Edmond prit le vieillard dans ses bras et le déposa sur le lit.

« Maintenant, ami, dit Faria, seule consolation de ma vie misérable, vous que le ciel m'a donné un peu tard, mais enfin qu'il m'a donné, présent inappréciable et dont je le remercie ; au moment de me séparer de vous pour jamais, je vous souhaite tout le bonheur, toute la prospérité que vous méritez : mon fils je vous bénis ! »

Le jeune homme se jeta à genoux, appuyant sa tête contre le lit du vieillard.

« Mais surtout, écoutez bien ce que je vous dis à ce moment suprême : le trésor des Spada existe ; Dieu permet qu'il n'y ait plus pour moi ni distance ni obstacle. Je le vois au fond de la seconde grotte ; mes yeux percent les profondeurs de la terre et sont éblouis de tant de richesses. Si vous parvenez à fuir rappelez-vous que le pauvre abbé que tout le monde croyait fou ne l'était pas. Courez à Monte-Cristo, profitez de notre fortune, profitez-en, vous avez assez souffert. »

Une secousse violente interrompit le vieillard ; Dantès releva la tête, il vit les yeux qui s'injectaient de rouge : on eût dit qu'une vague de sang venait de monter de sa poitrine à son front.

« Adieu ! adieu ! murmura le vieillard en pressant convulsivement la main du jeune homme, adieu !

- Oh ! pas encore, pas encore ! s'écria celui-ci ; ne nous abandonnez pas, ô mon Dieu ! secourez-le... à l'aide... à moi...

- Silence ! silence ! murmura le moribond, qu'on ne nous sépare pas si vous me sauvez !

- Vous avez raison. Oh ! oui, oui, soyez tranquille, je vous sauverai ! D'ailleurs, quoique vous souffriez beaucoup, vous paraissez souffrir moins que la première fois.

- Oh ! détrompez-vous ! je souffre moins, parce qu'il y a en moi moins de force pour souffrir. A votre âge on a foi dans la vie, c'est le privilège de la jeunesse de croire et d'espérer ; mais les vieillards voient plus clairement la mort. Oh ! la voilà... elle vient... c'est fini... ma vue se perd... ma raison s'enfuit... Votre main, Dantès !... adieu !... adieu ! »

Et se relevant par un dernier effort dans lequel il rassembla toutes ses facultés.

« Monte-Cristo ! dit-il, n'oubliez pas Monte-Cristo ! »

Et il retomba sur son lit.

La crise fut terrible : des membres tordus, des paupières gonflées, une écume sanglante, un corps sans mouvement, voilà ce qui resta sur ce lit de douleur à la place de l'être intelligent qui s'y était couché un instant auparavant.

Dantès prit la lampe, la posa au chevet du lit sur une pierre qui faisait saillie et d'où sa lueur tremblante éclairait d'un reflet étrange et fantastique ce visage décomposé et ce corps inerte et roidi.

Les yeux fixés, il attendit intrépidement le moment d'administrer le remède sauveur.

Lorsqu'il crut le moment arrivé, il prit le couteau, desserra les dents qui offrirent moins de résistance que la première fois, compta l'une après l'autre dix gouttes et attendit ; la fiole contenait le double encore à peu près de ce qu'il avait versé.

Il attendit dix minutes, un quart d'heure, une demi heure, rien ne bougea. Tremblant, les cheveux roidis, le front glacé de sueur, il comptait les secondes par les battements de son coeur.

Alors il pensa qu'il était temps d'essayer la dernière épreuve : il approcha la fiole des lèvres violettes de Faria, et, sans avoir besoin de desserrer les mâchoires restées ouvertes, il versa toute la liqueur qu'elle contenait.

Le remède produisit un effet galvanique, un violent tremblement secoua les membres du vieillard, ses yeux se rouvrirent effrayants à voir, il poussa un soupir qui ressemblait à un cri, puis tout ce corps frissonnant rentra peu à peu dans son immobilité.

Les yeux seuls restèrent ouverts.

Une demi-heure, une heure, une heure et demie s'écoulèrent. Pendant cette heure et demie d'angoisse, Edmond, penché sur son ami, la main appliquée à son coeur, sentit successivement ce corps se refroidir et ce coeur éteindre son battement de plus en plus sourd et profond.

Enfin rien ne survécut, le dernier frémissement du coeur cessa, la face devint livide, les yeux restèrent ouverts, mais le regard se ternit.

Il était six heures du matin, le jour commençait à paraître et son rayon blafard, envahissant le cachot, faisait pâlir la lumière mourante de la lampe. Des reflets étranges passaient sur le visage du cadavre, lui donnant de temps en temps des apparences de vie. Tant que dura cette lutte du jour et de la nuit, Dantès put douter encore ; mais dès que le jour eut vaincu, il comprit qu'il était seul avec un cadavre.

Alors une terreur profonde et invincible s'empara de lui ; il n'osa plus presser cette main qui pendait hors du lit, il n'osa plus arrêter ses yeux sur ces yeux fixes et blancs qu'il essaya plusieurs fois mais inutilement de fermer, et qui se rouvraient toujours. Il éteignit la lampe, la cacha soigneusement et s'enfuit, replaçant de son mieux la dalle au-dessus de sa tête.

D'ailleurs, il était temps, le geôlier allait venir.

Cette fois, il commença sa visite par Dantès ; en sortant de son cachot, il allait passer dans celui de Faria, auquel il portait à déjeuner et du linge.

Rien d'ailleurs n'indiquait chez cet homme qu'il eût connaissance de l'accident arrivé. Il sortit.

Dantès fut alors pris d'une indicible impatience de savoir ce qui allait se passer dans le cachot de son malheureux ami ; il rentra donc dans la galerie souterraine et arriva à temps pour entendre les exclamations du porte-clefs, qui appelait à l'aide.

Bientôt les autres porte-clefs entrèrent ; puis on entendit ce pas lourd et régulier habituel aux soldats, même hors de leur service. Derrière les soldats arriva le gouverneur.

Edmond entendit le bruit du lit sur lequel on agitait le cadavre ; il entendit la voix du gouverneur, qui ordonnait de lui jeter de l'eau au visage, et qui voyant que, malgré cette immersion, le prisonnier ne revenait pas, envoya chercher le médecin.

Le gouverneur sortit ; et quelques paroles de compassion parvinrent aux oreilles de Dantès, mêlées à des rires de moquerie.

« Allons, allons, disait l'un, le fou a été rejoindre ses trésors, bon voyage !

- Il n'aura pas, avec tous ses millions, de quoi payer son linceul, disait l'autre.

- Oh ! reprit une troisième voix, les linceuls du château d'If ne coûtent pas cher.

- Peut-être, dit un des premiers interlocuteurs, comme c'est un homme d'Eglise, on fera quelques frais en sa faveur.

- Alors, il aura les honneurs du sac. »

Edmond écoutait, ne perdait pas une parole, mais ne comprenait pas grand-chose à tout cela. Bientôt les voix s'éteignirent, et il lui sembla que les assistants quittaient la chambre.

Cependant il n'osa y rentrer : on pouvait avoir laissé quelque porte-clefs pour garder le mort.

Il resta donc muet, immobile et retenant sa respiration.

Au bout d'une heure, à peu près, le silence s'anima d'un faible bruit, qui alla croissant.

C'était le gouverneur qui revenait, suivi du médecin et de plusieurs officiers.

Il se fit un moment de silence : il était évident que le médecin s'approchait du lit et examinait le cadavre.

Bientôt les questions commencèrent.

Le médecin analysa le mal auquel le prisonnier avait succombé et déclara qu'il était mort.

Questions et réponses se faisaient avec une nonchalance qui indignait Dantès ; il lui semblait que tout le monde devait ressentir pour le pauvre abbé une partie de l'affection qu'il lui portait.

« Je suis fâché de ce que vous m'annoncez là, dit le gouverneur, répondant à cette certitude manifestée par le médecin que le vieillard était bien réellement mort ; c'était un prisonnier doux, inoffensif, réjouissant avec sa folie et surtout facile à surveiller.

- Oh ! reprit le porte-clefs, on aurait pu ne pas le surveiller du tout, il serait bien resté cinquante ans ici, j'en réponds, celui-là, sans essayer de faire une seule tentative d'évasion.

- Cependant, reprit le gouverneur, je crois qu'il serait urgent, malgré votre conviction, non pas que je doute de votre science, mais pour ma propre responsabilité, de nous assurer si le prisonnier est bien réellement mort. »

Il se fit un instant de silence absolu pendant lequel Dantès, toujours aux écoutes, estima que le médecin examinait et palpait une seconde fois le cadavre.

« Vous pouvez être tranquille, dit alors le médecin, il est mort, c'est moi qui vous en réponds.

- Vous savez, monsieur, reprit le gouverneur en insistant, que nous ne nous contentons pas, dans les cas pareils à celui-ci, d'un simple examen ; malgré toutes les apparences, veuillez donc achever la besogne en remplissant les formalités prescrites par la loi.

- Que l'on fasse chauffer les fers, dit le médecin ; mais en vérité, c'est une précaution bien inutile. »

Cet ordre de chauffer les fers fit frissonner Dantès.

On entendit des pas empressés, le grincement de la porte, quelques allées et venues intérieures, et, quelques instants après, un guichetier rentra en disant :

« Voici le brasier avec un fer. »

Il se fit alors un silence d'un instant, puis on entendit le frémissement des chairs qui brûlaient, et dont l'odeur épaisse et nauséabonde perça le mur même derrière lequel Dantès écoutait avec horreur.

A cette odeur de chair humaine carbonisée, la sueur jaillit du front du jeune homme et il crut qu'il allait s'évanouir.

« Vous voyez, monsieur, qu'il est bien mort, dit le médecin ; cette brûlure au talon est décisive : le pauvre fou est guéri de sa folie et délivré de sa captivité.

- Ne s'appelait-il pas Faria ? demanda un des officiers qui accompagnaient le gouverneur.

- Oui, monsieur, et, à ce qu'il prétendait, c'était un vieux nom ; d'ailleurs, il était fort savant et assez raisonnable même sur tous les points qui ne touchaient pas à son trésor ; mais sur celui-là, il faut l'avouer, il était intraitable.

- C'est l'affection que nous appelons la monomanie, dit le médecin.

- Vous n'aviez jamais eu à vous plaindre de lui ? demanda le gouverneur au geôlier chargé d'apporter les vivres de l'abbé.

- Jamais, monsieur le gouverneur, répondit le geôlier, jamais, au grand jamais ! au contraire : autrefois même il m'amusait fort en me racontant des histoires ; un jour que ma femme était malade il m'a même donné une recette qui l'a guérie.

- Ah ! ah ! dit le médecin, j'ignorais que j'eusse affaire à un collègue ; j'espère, monsieur le gouverneur, ajouta-t-il en riant, que vous le traiterez en conséquence.

- Oui, oui, soyez tranquille ; il sera décemment enseveli dans le sac le plus neuf qu'on pourra trouver ; êtes-vous content ?

- Devons-nous accomplir cette dernière formalité devant vous, monsieur ? demanda le guichetier.

- Sans doute, mais qu'on se hâte, je ne puis rester dans cette chambre toute la journée. »

De nouvelles allées et venues se firent entendre ; un instant après, un bruit de toile froissée parvint aux oreilles de Dantès, le lit cria sur ses ressorts, un pas alourdi comme celui d'un homme qui soulève un fardeau s'appesantit sur la dalle, puis le lit cria de nouveau sous le poids qu'on lui rendait.

« A ce soir, dit le gouverneur.

- Y aura-t-il une messe ? demanda un des officiers.

- Impossible, répondit le gouverneur ; le chapelain du château est venu me demander hier un congé pour faire un petit voyage de huit jours à Hyères, je lui ai répondu de tous mes prisonniers pendant tout ce temps là ; le pauvre abbé n'avait qu'à ne pas tant se presser, et il aurait eu son requiem.

- Bah ! bah ! dit le médecin avec l'impiété familière aux gens de sa profession, il est homme d'Eglise : Dieu aura égard à l'état, et ne donnera pas à l'enfer le méchant plaisir de lui envoyer un prêtre. »

Un éclat de rire suivit cette mauvaise plaisanterie.

Pendant ce temps, l'opération de l'ensevelissement se poursuivait.

« A ce soir ! dit le gouverneur lorsqu'elle fut finie.

- A quelle heure ? demanda le guichetier.

- Mais vers dix ou onze heures.

- Veillera-t-on le mort ?

- Pour quoi faire ? On fermera le cachot comme s'il était vivant, voilà tout. »

Alors les pas s'éloignèrent, les voix allèrent s'affaiblissant, le bruit de la porte avec sa serrure criarde et ses verrous grinçants se fit entendre, un silence plus morne que celui de la solitude, le silence de la mort, envahit tout, jusqu'à l'âme glacée du jeune homme.

Alors, il souleva lentement la dalle avec sa tête, et jeta un regard investigateur dans la chambre.

La chambre était vide : Dantès sortit de la galerie.[1][2] ...

法语学习心得—怎样学好法语

  法国人说“如果把英语比做小学生的话,法语就是博士后”了,虽然有些夸张,但法语的严谨与精确的确是其它语言无法比拟的,在纯正标准的法语中,你很难找到可以玩文字游戏的破绽,联合国之所以把一些重要的文件用法语备案,也恰恰是看中这一点。当然,“博士后”的“美誉”是以其繁杂的语法、众多的动词变位和飘忽的单词阴阳性等“不近人情”的规则为代价的。

  那么法语是不是很难学呢?也不尽然,语言毕竟只是一门语言,能流传的下来,就是以有用与易掌握为前提的,只要用心去学了,自然而然的也就掌握了。

  学法语有什么技巧吗?-有,遵循规则。法语学习中应该遵循那些规则呢,下面结合网站整理的一些信息,阐述一下我们的几点看法:

  1、学好语音 打好基础有网友留言问“奇怪了,我买的法语课本上的单词怎么没有音标,怎么办?”-人类一思考,上帝就发笑。事实上,法语单词的音标只有在字典中才会有完全的标注;为什么呢?因为法语的发音是有规则的,您对法语稍有接触就会发现,法语区别于英语最直观的地方就是在某些字母上面会有一些音符(accent),诸如“ é , à ”之类的,这其实是用来确定字母发音的,所有带音符的字母发音都是唯一的,对于其它不带音符的字母,其发音会因在单词中位置的不同而不同,但也都是固定的有规则的,利用规则就可以象拼汉语拼音一样来读法语单词。所以说,掌握了法语的发音规则,法语的拼读就算是解决了。即便给你一篇一个单词都不认识的文章,你也可以在不依赖其它任何帮助情况把它读下来。

  语音学习中应该注意的问题:

  ①防止用说英语的腔调来读法语;法语发音以优雅、庄重见长,没有双元音,卷舌音也不象英语那样“轻浮”。

  ②避免方言的影响。比如 n ; l 不分等。

  语音学习中建议采用的方法:

  ①最好有老师带一下,便于纠音,当然前提是找个好老师。

  ②可以看几部法语电影、听听法语歌曲、法语广播,不懂没有关系,关键是营造一种氛围,让你潜意识里对法语语音、语调有“感觉”,不至于语音发的太离谱。

  2、中外教材 并用并行英语学了这么多年,到最后讲的却还是蹩脚的“chinaenglish”(中国英语),想来最大的一个原因就是因为当初学英语的时候受条件所限,缺乏一套优秀的原版教材做引导。法语学习中应极力避免这一问题。

  现行大学专业法语的教学中,都是采用中外两套教材并行讲解的模式的:中文教材主要用于法语的入门、语法的讲解,通常按中国人的思维方式来编纂,讲解时,便于理解、易于接受;法语原版教材,则是按照法国人的语言习惯、思维方式来编制的,你学到不仅是纯正的语音语法,而且能从中对他们的意识形态、社会文化、思想观念等各方面有客观的理解与体会,这一点对学语言的人来说是至关重要的。就象外国人在学汉语的时候,如果不是对中国的语言习惯有相当的接触与了解,单凭他们本国的老师来讲,他是很难搞明白什么算是“东西”,自己是不是“东西”之类的问题的。

  教材选择与使用中应该注意的问题:

  ①尽量用权威、流行的教材。

  这样既便于你学到纯正法语,也便于你在网上与他人交流,学得教材太偏,很难找到“知音”了。

  ②求优不求多的原则。

  好的教材,中文的、法语原版的各一套就够,其余的充其量只能作为一种参考,不宜平均用力。

  供选择的常见教材:

  中文:

  ①中文:《法语》(马晓宏)-法语专业学生的通用课本,(共4册),一般爱好者学完前两册即可。

  ②中文:《简明法语教程》-英语系学生二外通用教材、培训班常用教材。

  ③中文:《公共法语》- 法语爱好者常用教材。

  法语原版:

  ①《Reflets》-目前最好的法语教材、采用视频教学模式、纯正、易学、实用,特别推荐②《新无国界法语》-也不错,但慢慢会被《Reflets》取代。

  3、培养兴趣 持之以恒“兴趣是最好的老师”,学语言是一种非常有意思的事情,她很容易让人有成就感,尤其在网络时代。从对法语的一窍不通,到QQ上能用法语进行简单的问候,慢慢发展到社区里发几篇法语的帖子,看电影时逐渐能听懂一些短句,听法语歌时所感受的也不仅限于那优美的旋律。新学的东西可以马上到网上找个地方用出来,疑问的地方可以立即找个网上社区贴出来商讨。既感受到了自己的进步,又交了朋友,何乐而不为之!

  由于个性的差异和学习目的不同,法语学习中会经常出现一些“半途而废”的现象,比如法语培训班人越到最后来得学员越少;其实,我觉得这都是正常的,如果没有什么特殊的压力,比如要考试、要面试之类的,不想学的时候,可以停一停,当然,此间最好不要与法语完全隔绝可以听听法语歌,看看电影之类的,能让法语在自己的意识里有所积淀,再学得时候也容易。当然要想真正学好法语还是得“持之以恒”,学到一定时间,老觉得难有提高的现象大家都有,这应该是学任何东西的规律吧,克服过去了,也就“柳暗花明”了。

  4、常听常背常诵 出口成章学语言最简单的办法就是去听去背了,很多东西都是固定的,拿来就用,背一些常用的句子、实用的短文,学唱优美的法语歌曲都是好办法。

  5、实时交流 有疑就问网络时代,信息传输极为方便。有时候一些让初学者几天转不过弯来的问题,网上找个“老师”或“同学”,可能几句话就解决了,省时透彻。法语社区、交友录里,藏龙卧虎,高手很多的,不怕有解决不了的问题。当然,一个很现实的问题是,目前这种服务多是义务性的,很多疑问都得不找及时准确的解答,但我想随着网络的发展与成熟,以及对个人知识与时间的尊重,网上有偿法语教育交流的方式会因其不受时间地点的限制和低廉的服务价格慢慢为大家所接受,到时大家会有更多的选择。

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基督山伯爵中法对照4

Chapitre IV

Complot

Danglars suivit Edmond et Mercédès des yeux jusqu'à ce que les deux amants eussent disparu à l'un des angles du fort Saint-Nicolas ; puis, se retournant alors, il aperçut Fernand, qui était retombé pale et frémissant sur sa chaise, tandis que Caderousse balbutiait les paroles d'une chanson à boire.

« Ah çà ! mon cher monsieur, dit Danglars à Fernand, voilà un mariage qui ne me paraît pas faire le bonheur de tout le monde !

- Il me désespère, dit Fernand.

- Vous aimiez donc Mercédès ?

- Je l'adorais !

- Depuis longtemps ?

- Depuis que nous nous connaissons, je l'ai toujours aimée.

- Et vous êtes là à vous arracher les cheveux, au lieu de chercher remède à la chose ! Que diable ! je ne croyais pas que ce fût ainsi qu'agissaient les gens de votre nation.

- Que voulez-vous que je fasse ? demanda Fernand.

- Et que sais-je, moi ? Est-ce que cela me regarde ? Ce n'est pas moi, ce me semble, qui suis amoureux de Mlle Mercédès, mais vous. Cherchez, dit l’Evangile, et vous trouverez.

- J'avais trouvé déjà.

- Quoi ?

- Je voulais poignarder l'homme, mais la femme m'a dit que s'il arrivait malheur à son fiancé, elle se tuerait.

- Bah ! on dit ces choses-là, mais on ne les fait point.

- Vous ne connaissez point Mercédès, monsieur : du moment où elle a menacé, elle exécuterait.

- Imbécile ! murmura Danglars : qu'elle se tue ou non, que m'importe, pourvu que Dantès ne soit point capitaine.

- Et avant que Mercédès meure, reprit Fernand avec l'accent d'une immuable résolution, je mourrais moi-même.

- En voilà de l'amour ! dit Caderousse d'une voix de plus en plus avinée ; en voilà, ou je ne m'y connais plus !

- Voyons, dit Danglars, vous me paraissez un gentil garçon, et je voudrais, le diable m'emporte ! vous tirer de peine ; mais...

- Oui, dit Caderousse, voyons.

- Mon cher, reprit Danglars, tu es aux trois quarts ivre : achève la bouteille, et tu le seras tout à fait. Bois, et ne te mêle pas de ce que nous faisons : pour ce que nous faisons il faut avoir toute sa tête.

- Moi ivre ? dit Caderousse, allons donc ! J'en boirais encore quatre, de tes bouteilles, qui ne sont pas plus grandes que des bouteilles d'eau de Cologne ! Père Pamphile, du vin ! »

Et pour joindre la preuve à la proposition, Caderousse frappa avec son verre sur la table

« Vous disiez donc, monsieur ? reprit Fernand, attendant avec avidité la suite de la phrase interrompue.

- Que disais-je ? Je ne me le rappelle plus. Cet ivrogne de Caderousse m'a fait perdre le fil de mes pensées.

- Ivrogne tant que tu le voudras ; tant pis pour ceux qui craignent le vin, c'est qu'ils ont quelque mauvaise pensée qu'ils craignent que le vin ne leur tire du coeur. »

Et Caderousse se mit à chanter les deux derniers vers d'une chanson fort en vogue à cette époque :

Tous les méchants sont buveurs d'eau, c'est bien prouvé par le déluge.

« Vous disiez, monsieur, reprit Fernand, que vous voudriez me tirer de peine ; mais, ajoutiez-vous...

- Oui, mais, ajoutais-je... pour vous tirer de peine il suffit que Dantès n'épouse pas celle que vous aimez ; et le mariage peut très bien manquer, ce me semble, sans que Dantès meure.

- La mort seule les séparera, dit Fernand.

- Vous raisonnez comme un coquillage, mon ami, dit Caderousse, et voilà Danglars, qui est un finaud, un malin, un grec, qui va vous prouver que vous avez tort. Prouve, Danglars. J'ai répondu de toi. Dis-lui qu'il n'est pas besoin que Dantès meure ; d'ailleurs ce serait fâcheux qu'il mourût, Dantès. C'est un bon garçon, je l'aime, moi, Dantès. 7 ta santé, Dantès. »

Fernand se leva avec impatience.

« Laissez-le dire, reprit Danglars, en retenant le jeune homme, et d'ailleurs, tout ivre qu'il est, il ne fait point si grande erreur. L'absence disjoint tout aussi bien que la mort ; et supposez qu'il y ait entre Edmond et Mercédès les murailles d'une prison, ils seront séparés ni plus ni moins que s'il y avait là la pierre d'une tombe.

- Oui, mais on sort de prison, dit Caderousse, qui avec les restes de son intelligence se cramponnait à la conversation, et quand on est sorti de prison et qu'on s'appelle Edmond Dantès, on se venge.

- Qu'importe ! murmura Fernand.

- D'ailleurs, reprit Caderousse, pourquoi mettrait-on Dantès en prison ? Il n'a ni volé, ni tué, ni assassiné.

- Tais-toi, dit Danglars.

- Je ne veux pas me taire, moi, dit Caderousse. Je veux qu'on me dise pourquoi on mettrait Dantès en prison. Moi, j'aime Dantès. 7 ta santé, Dantès ! »

Et il avala un nouveau verre de vin.

Danglars suivit dans les yeux atones du tailleur les progrès de l'ivresse, et se tournant vers Fernand :

« Eh bien, comprenez-vous, dit-il, qu'il n'y a pas besoin de le tuer ?

- Non, certes, si, comme vous le disiez tout à l'heure, on avait le moyen de faire arrêter Dantès. Mais ce moyen, l'avez-vous ?

- En cherchant bien, dit Danglars, on pourrait le trouver. Mais continua-t il, de quoi diable ! vais-je me mêler là ; est-ce que cela me regarde ?

- Je ne sais pas si cela vous regarde, dit Fernand en lui saisissant le bras ; mais ce que je sais, c'est que vous avez quelque motif de haine particulière contre Dantès : celui qui hait lui-même ne se trompe pas aux sentiments des autres.

- Moi, des motifs de haine contre Dantès ? Aucun, sur ma parole. Je vous ai vu malheureux et votre malheur m'a intéressé, voilà tout ; mais du moment où vous croyez que j'agis pour mon propre compte, adieu, mon cher ami, tirez-vous d'affaire comme vous pourrez. »

Et Danglars fit semblant de se lever à son tour.

« Non pas, dit Fernand en le retenant, restez ! Peu m'importe, au bout du compte, que vous en vouliez à Dantès, ou que vous ne lui en vouliez pas : je lui en veux, moi ; je l'avoue hautement. Trouvez le moyen et je l'exécute, pourvu qu'il n'y ait pas mort d'homme, car Mercédès a dit qu'elle se tuerait si l'on tuait Dantès. »

Caderousse, qui avait laissé tomber sa tête sur la table, releva le front, et regardant Fernand et Danglars, avec des yeux lourds et hébétée :

« Tuer Dantès ! dit-il, qui parle ici de tuer Dantès ? je ne veux pas qu'on le tue, moi : c'est mon ami ; il a offert ce matin de partager son argent avec moi, comme j'ai partagé le mien avec lui : je ne veux pas qu'on tue Dantès.

- Et qui te parle de le tuer, imbécile ! reprit Danglars ; il s'agit d'une simple plaisanterie ; bois à sa santé, ajouta-t-il en remplissant le verre de Caderousse, et laisse-nous tranquilles.

- Oui, oui, à la santé de Dantès ! dit Caderousse en vidant son verre, à sa santé !... à sa santé !... là !

- Mais le moyen, le moyen ? dit Fernand.

- Vous ne l'avez donc pas trouvé encore, vous ?

- Non, vous vous en êtes chargé.

- C'est vrai, reprit Danglars, les Français ont cette supériorité sur les Espagnols, que les Espagnols ruminent et que les Français inventent.

- Inventez donc alors, dit Fernand avec impatience.

- Garçon, dit Danglars, une plume, de l'encre et du papier !

- Une plume, de l'encre et du papier ! murmura Fernand.

- Oui, je suis agent comptable : la plume, l'encre et le papier sont mes instruments ; et sans mes instruments je ne sais rien faire.

- Une plume, de l'encre et du papier ! cria à son tour Fernand.

- Il y a ce que vous désirez là sur cette table, dit le garçon en montrant les objets demandés.

- Donnez-les-nous alors. »

Le garçon prit la papier, l'encre et la plume, et les déposa sur la table du berceau.

« Quand on pense, dit Caderousse en laissant tomber sa main sur le papier, qu'il y a là de quoi tuer un homme plus sûrement que si on l'attendait au coin d'un bois pour l'assassiner ! J'ai toujours eu plus peur d'une plume, d'une bouteille d'encre et d'une feuille de papier que d'une épée ou d'un pistolet.

- Le drôle n'est pas encore si ivre qu'il en a l'air dit Danglars ; versez-lui donc à boire, Fernand. »

Fernand remplit le verre de Caderousse, et celui-ci, en véritable buveur qu'il était, leva la main de dessus le papier et la porta à son verre.

Le Catalan suivit le mouvement jusqu'à ce que Caderousse, presque vaincu par cette nouvelle attaque, reposât ou plutôt laissât retomber son verre sur la table.

« Eh bien ? reprit le Catalan en voyant que le reste de la raison de Caderousse commençait à disparaître sous ce dernier verre de vin.

- Eh bien, je disais donc, par exemple, reprit Danglars, que si, après un voyage comme celui que vient de faire Dantès, et dans lequel il a touché à Naples et à l'île d'Elbe, quelqu'un le dénonçait au procureur du roi comme agent bonapartiste...

- Je le dénoncerai, moi ! dit vivement le jeune homme.

- Oui ; mais alors on vous fait signer votre déclaration, on vous confronte avec celui que vous avez dénoncé : je vous fournis de quoi soutenir votre accusation, je le sais bien ; mais Dantès ne peut rester éternellement en prison, un jour ou l'autre, il en sort, et, ce jour où il en sort, malheur à celui qui l'y a fait entrer !

- Oh ! je ne demande qu'une chose, dit Fernand, c'est qu'il vienne me chercher une querelle !

- Oui, et Mercédès ! Mercédès, qui vous prend en haine si vous avez seulement le malheur d’écorcher l’épiderme à son bien-aimé Edmond !

- C'est juste, dit Fernand.

- Non, non, reprit Danglars, si on se décidait à une pareille chose, voyez- vous, il vaudrait mieux prendre tout bonnement comme je le fais, cette plume, la tremper dans l'encre, et écrire de la main gauche, pour que l'écriture ne fût pas reconnue, une petite dénonciation ainsi conçue. »

Et Danglars, joignant l'exemple au précepte, écrivit de la main gauche et d'une écriture renversée, qui n'avait aucune analogie avec son écriture habituelle, les lignes suivantes qu'il passa à Fernand, et que Fernand lut à demi-voix :

« Monsieur le procureur du roi est prévenu, par un ami du trône et de la religion, que le nommé Edmond Dantès, second du navire le Pharaon, arrivé ce matin de Smyrne, après avoir touché à Naples et à Porto-Ferrajo, a été chargé, par Murat, d'une lettre pour l'usurpateur, et, par l'usurpateur, d'une lettre pour le comité bonapartiste de Paris.

« On aura la preuve de son crime en l'arrêtant, car on trouvera cette lettre ou sur lui, ou chez son père, ou dans sa cabine à bord du Pharaon »

« A la bonne heure, continua Danglars ; ainsi votre vengeance aurait le sens commun, car d'aucune façon alors elle ne pourrait retomber sur vous, et la chose irait toute seule ; il n'y aurait plus qu'à plier cette lettre, comme je le fais, et à écrire dessus : « A Monsieur le Procureur royal. » Tout serait dit. »

Et Danglars écrivit l'adresse en se jouant.

« Oui, tout serait dit », s'écria Caderousse, qui par un dernier effort d'intelligence avait suivi la lecture, et qui comprenait d'instinct tout ce qu'une pareille dénonciation pourrait entraîner de malheur ; « oui, tout serait dit : seulement, ce serait une infamie. »

Et il allongea le bras pour prendre la lettre.

« Aussi, dit Danglars en la poussant hors de la portée de sa main, aussi, ce que je dis et ce que je fais, c'est en plaisantant ; et, le premier, je serais bien fâché qu'il arrivât quelque chose à Dantès, ce bon Dantès ! Aussi, tiens... »

Il prit la lettre, la froissa dans ses mains et la jeta dans un coin de la tonnelle.

« A la bonne heure, dit Caderousse, Dantès est mon ami, et je ne veux pas qu'on lui fasse de mal.

- Eh ! qui diable y songe à lui faire du mal ! ce n'est ni moi ni Fernand ! dit Danglars en se levant et en regardant le jeune homme qui était demeuré assis, mais dont l'oeil oblique couvait le papier dénonciateur jeté dans un coin.

En ce cas, reprit Caderousse, qu'on nous donne du vin : je veux boire à la santé d'Edmond et de la belle Mercédès.

- Tu n'as déjà que trop bu, ivrogne, dit Danglars, et si tu continues tu seras obligé de coucher ici, attendu que tu ne pourras plus te tenir sur tes jambes.

- Moi, dit Caderousse en se levant avec la fatuité de l'homme ivre ; moi, ne pas pouvoir me tenir sur mes jambes ! Je parie que je monte au clocher des Accoules, et sans balancer encore !

- Eh bien, soit, dit Danglars, je parie, mais pour demain : aujourd'hui il est temps de rentrer ; donne moi donc le bras et rentrons.

- Rentrons, dit Caderousse, mais je n'ai pas besoin de ton bras pour cela. Viens-tu, Fernand ? rentres-tu avec nous à Marseille ?

- Non, dit Fernand, je retourne aux Catalans, moi.

- Tu as tort, viens avec nous à Marseille, viens.

- Je n'ai point besoin à Marseille, et je n'y veux point aller.

- Comment as-tu dit cela ? Tu ne veux pas, mon bonhomme ! eh bien, à ton aise ! liberté pour tout le monde ! Viens, Danglars, et laissons monsieur rentrer aux Catalans, puisqu'il le veut. »

Danglars profita de ce moment de bonne volonté de Caderousse pour l'entraîner du côté de Marseille ; seulement, pour ouvrir un chemin plus court et plus facile à Fernand, au lieu de revenir par le quai de la Rive Neuve, il revint par la porte Saint-Victor. Caderousse le suivait, tout chancelant, accroché à son bras.

Lorsqu'il eut fait une vingtaine de pas, Danglars se retourna et vit Fernand se précipiter sur le papier, qu'il mit dans sa poche ; puis aussitôt, s'élançant hors de la tonnelle, le jeune homme tourna du côté du Pillon.

« Eh bien, que fait-il donc ? dit Caderousse, il nous a menti : il a dit qu'il allait aux Catalans, et il va à la ville ! Holà ! Fernand ! tu te trompes, mon garçon !

- C'est toi qui vois trouble, dit Danglars, il suit tout droit le chemin des Vieilles-Infirmeries.

- En vérité ! dit Caderousse, eh bien, j'aurais juré qu'il tournait à droite ; décidément le vin est un traître.

- Allons, allons, murmura Danglars, je crois que maintenant la chose est bien lancée, et qu'il n'y a plus qu'à la laisser marcher toute seule. »[1][2] ...

基督山伯爵中法对照2

Chapitre II

Le père et le fils

Laissons Danglars, aux prises avec le génie de la haine, essayer de souffler contre son camarade quelque maligne supposition à l'oreille de l'armateur, et suivons Dantès, qui, après avoir parcouru la Canebière dans toute sa longueur, prend la rue de Noailles, entre dans une petite maison située du côté gauche des Allées de Meilhan, monte vivement les quatre étages d'un escalier obscur, et, se retenant à la rampe d'une main, comprimant de l'autre les battements de son coeur, s'arrête devant une porte entrebâillée, qui laisse voir jusqu'au fond d'une petite chambre.

Cette chambre était celle qu'habitait le père de Dantès.

La nouvelle de l'arrivée du Pharaon n'était pas encore parvenue au vieillard, qui s'occupait, monté sur une chaise, à palissader d'une main tremblante quelques capucines mêlées de clématites, qui montaient en grimpant le long du treillage de sa fenêtre.

Tout à coup il se sentit prendre à bras-le-corps, et une voix bien connue s'écria derrière lui :

« Mon père, mon bon père ! »

Le vieillard jeta un cri et se retourna ; puis, voyant son fils, il se laissa aller dans ses bras, tout tremblant et tout pâle.

« Qu'as-tu donc, père ? s'écria le jeune homme inquiet ; serais-tu malade ?

- Non, non, mon cher Edmond, mon fils, mon enfant, non ; mais je ne t'attendais pas, et la joie, le saisissement de te revoir ainsi à l'improviste... Ah ! mon Dieu ! il me semble que je vais mourir !

- Eh bien, remets-toi donc, père ! c'est moi, c'est bien moi ! On dit toujours que la joie ne fait pas de mal, et voilà pourquoi je suis entré ici sans préparation. Voyons, souris-moi, au lieu de me regarder comme tu le fais, avec des yeux égarés. Je reviens et nous allons être heureux.

- Ah ! tant mieux, garçon ! reprit le vieillard ; mais comment allons-nous être heureux ? tu ne me quittes donc plus ? Voyons, conte-moi ton bonheur !

- Que le Seigneur me pardonne, dit le jeune homme, de me réjouir d'un bonheur fait avec le deuil d'une famille ! Mais Dieu sait que je n'eusse pas désiré ce bonheur ; il arrive, et je n'ai pas la force de m'en affliger : le brave capitaine Leclère est mort, mon père, et il est probable que, par la protection de M. Morrel, je vais avoir sa place. Comprenez-vous, mon père ? capitaine à vingt ans ! avec cent louis d'appointements et une part dans les bénéfices ! n'est-ce pas plus que ne pouvait vraiment l'espérer un pauvre matelot comme moi ?

- Oui, mon fils, oui, en effet, dit le vieillard, c'est heureux.

- Aussi je veux que du premier argent que je toucherai vous ayez une petite maison, avec un jardin pour planter vos clématites, vos capucines et vos chèvrefeuilles... Mais, qu'as-tu donc, père, on dirait que tu te trouves mal ?

- Patience, patience ! ce ne sera rien. »

Et, les forces manquant au vieillard, il se renversa en arrière.

« Voyons ! voyons ! dit le jeune homme, un verre de vin, mon père cela vous ranimera ; où mettez-vous votre vin ?

- Non, merci, ne cherche pas ; je n'en ai pas besoin, dit le vieillard essayant de retenir son fils.

- Si fait, si fait, père indiquez-moi l'endroit. »

Et il ouvrit deux ou trois armoires.

« Inutile... dit le vieillard, il n'y a plus de vin.

- Comment, il n'y a plus de vin ! dit en pâlissant à son tour Dantès, regardant alternativement les joues creuses et blêmes du vieillard et les armoires vides, comment, il n'y a plus de vin ! Auriez-vous manqué d'argent, mon père ?

- Je n'ai manqué de rien, puisque te voilà, dit le vieillard.

- Cependant, balbutia Dantès en essuyant la sueur qui coulait de son front, cependant je vous avais laissé deux cents francs, il y a trois mois, en partant.

- Oui, oui, Edmond, c'est vrai ; mais tu avais oublié en partant une petite dette chez le voisin Caderousse ; il me l'a rappelée, en me disant que si je ne payais pas pour toi il irait se faire payer chez M. Morrel. Alors, tu comprends, de peur que cela te fît du tort...

- Eh bien ?

- Eh bien, j'ai payé, moi.

- Mais, s'écria Dantès, c'était cent quarante francs que je devais à Caderousse !

- Oui, balbutia le vieillard.

- Et vous les avez donnés sur les deux cents francs que je vous avais laissés ? »

Le vieillard fit un signe de tête.

« De sorte que vous avez vécu trois mois avec soixante francs ! murmura le jeune homme.

- Tu sais combien il me faut peu de chose, dit le vieillard.

- Oh ! mon Dieu, mon Dieu, pardonnez-moi ! s'écria Edmond en se jetant à genoux devant le bonhomme.

- Que fais-tu donc ?

- Oh ! vous m'avez déchiré le coeur.

- Bah ! te voilà, dit le vieillard en souriant ; maintenant tout est oublié, car tout est bien.

- Oui, me voilà, dit le jeune homme, me voilà avec un bel avenir et un peu d'argent. Tenez, père dit-il, prenez, prenez, et envoyez chercher tout de suite quelque chose. »

Et il vida sur la table ses poches, qui contenaient une douzaine de pièces d'or, cinq ou six écus de cinq francs et de la menue monnaie.

Le visage du vieux Dantès s'épanouit.

« A qui cela ? dit-il.

- Mais, à moi !... à toi !... à nous !... Prends, achète des provisions, sois heureux, demain il y en aura d'autres.

- Doucement, doucement, dit le vieillard en souriant ; avec ta permission, j'userai modérément de ta bourse : on croirait, si l'on me voyait acheter trop de choses à la fois, que j'ai été obligé d'attendre ton retour pour les acheter.

- Fais comme tu voudras ; mais, avant toutes choses, prends une servante, père ; je ne veux plus que tu restes seul. J'ai du café de contrebande et d'excellent tabac dans un petit coffre de la cale, tu l'auras dès demain. Mais chut ! voici quelqu'un.

- C'est Caderousse qui aura appris ton arrivée, et qui vient sans doute te faire son compliment de bon retour.

- Bon, encore des lèvres qui disent une chose tandis que le coeur en pense une autre, murmura Edmond ; mais, n'importe, c'est un voisin qui nous a rendu service autrefois, qu'il soit le bienvenu. »

En effet, au moment où Edmond achevait la phrase à voix basse, on vit apparaître, encadrée par la porte du palier la tête noire et barbue de Caderousse. C'était un homme de vingt-cinq à vingt-six ans ; il tenait à sa main un morceau de drap, qu'en sa qualité de tailleur il s'apprêtait à changer en un revers d'habit.

« Eh ! te voilà donc revenu, Edmond ? dit-il avec un accent marseillais des plus prononcés et avec un large sourire qui découvrait ses dents blanches comme de l'ivoire.

- Comme vous voyez, voisin Caderousse, et prêt à vous être agréable en quelque chose que ce soit, répondit Dantès en dissimulant mal sa froideur sous cette offre de service.

- Merci, merci ; heureusement, je n'ai besoin de rien, et ce sont même quelquefois les autres qui ont besoin de moi. Dantès fit un mouvement. Je ne te dis pas cela pour toi, garçon ; je t'ai prêté de l'argent, tu me l'as rendu ; cela se fait entre bons voisins, et nous sommes quittes.

- On n'est jamais quitte envers ceux qui nous ont obligés, dit Dantès, car lorsqu'on ne leur doit plus l'argent, on leur doit la reconnaissance.

- A quoi bon parler de cela ! Ce qui est passé est passé. Parlons de ton heureux retour, garçon. J'étais donc allé comme cela sur le port pour rassortir du drap marron, lorsque je rencontrai l'ami Danglars.

« - Toi, à Marseille ?

« - Eh oui, tout de même, me répondit-il.

« - Je te croyais à Smyrne.

« - J'y pourrais être, car j'en reviens.

« - Et Edmond, où est-il donc, le petit ?

« - Mais chez son père, sans doute », répondit Danglars ; et alors je suis venu, continua Caderousse, pour avoir le plaisir de serrer la main à un ami.

- Ce bon Caderousse, dit le vieillard, il nous aime tant.

- Certainement que je vous aime, et que je vous estime encore, attendu que les honnêtes gens sont rares ! Mais il paraît que tu deviens riche, garçon ? » continua le tailleur en jetant un regard oblique sur la poignée d'or et d'argent que Dantès avait déposée sur la table.

Le jeune homme remarqua l'éclair de convoitise qui illumina les yeux noirs de son voisin.

« Eh ! mon Dieu ! dit-il négligemment, cet argent n'est point à moi ; je manifestais au père la crainte qu'il n'eût manqué de quelque chose en mon absence, et pour me rassurer, il a vidé sa bourse sur la table. Allons, père, continua Dantès, remettez cet argent dans votre tirelire ; à moins que le voisin Caderousse n'en ait besoin à son tour, auquel cas il est bien à son service.

- Non pas, garçon, dit Caderousse, je n'ai besoin de rien, et, Dieu merci l'état nourrit son homme. Garde ton argent, garde : on n'en a jamais de trop ; ce qui n'empêche pas que je ne te sois obligé de ton offre comme si j'en profitais.

- C'était de bon coeur, dit Dantès.

- Je n'en doute pas. Eh bien, te voilà donc au mieux avec M. Morrel, câlin que tu es ?

- M. Morrel a toujours eu beaucoup de bonté pour moi, répondit Dantès.

- En ce cas, tu as tort de refuser son dîner.

- Comment, refuser son dîner ? reprit le vieux Dantès ; il t'avait donc invité à dîner ?

- Oui, mon père, reprit Edmond en souriant de l'étonnement que causait à son père l'excès de l'honneur dont il était l'objet.

- Et pourquoi donc as-tu refusé, fils ? demanda le vieillard.

- Pour revenir plus tôt près de vous, mon père, répondit le jeune homme ; j'avais hâte de vous voir.

- Cela l'aura contrarié, ce bon M Morrel, reprit Caderousse ; et quand on vise à être capitaine, c'est un tort que de contrarier son armateur.

- Je lui ai expliqué la cause de mon refus, reprit Dantès, et il l'a comprise, je l'espère.

- Ah ! c'est que, pour être capitaine, il faut un peu flatter ses patrons.

- J'espère être capitaine sans cela, répondit Dantès.

- Tant mieux, tant mieux ! cela fera plaisir à tous les anciens amis, et je sais quelqu'un là-bas, derrière la citadelle de Saint-Nicolas, qui n'en sera pas fâché.

- Mercédès

- Oui, mon père, reprit Dantès, et, avec votre permission, maintenant que je vous ai vu, maintenant que je sais que vous vous portez bien et que vous avez tout ce qu'il vous faut, je vous demanderai la permission d'aller faire visite aux Catalans.

- Va, mon enfant, dit le vieux Dantès, et que Dieu te bénisse dans ta femme comme il m'a béni dans mon fils.

- Sa femme ! dit Caderousse ; comme vous y aller, père Dantès ! elle ne l'est pas encore, ce me semble !

- Non ; mais, selon toute probabilité, répondit Edmond, elle ne tardera pas à le devenir.

- N'importe, n'importe, dit Caderousse, tu as bien fait de te dépêcher, garçon.

- Pourquoi cela ?

- Parce que la Mercédès est une belle fille, et que les belles filles ne manquent pas d'amoureux ; celle-là surtout, ils la suivent par douzaines.

- Vraiment, dit Edmond avec un sourire sous lequel perçait une légère nuance d'inquiétude.

- Oh ! oui, reprit Caderousse, et de beaux partis même ; mais, tu comprends, tu vas être capitaine, on n'aura garde de te refuser, toi !

- Ce qui veut dire, reprit Dantès avec un sourire qui dissimulait mal son inquiétude, que si je n'étais pas capitaine...

- Eh ! eh ! fit Caderousse.

- Allons, allons, dit le jeune homme, j'ai meilleure opinion que vous des femmes en général, et de Mercédès en particulier, et, j'en suis convaincu, que je sois capitaine ou non, elle me restera fidèle.

- Tant mieux ! tant mieux ! dit Caderousse, c'est toujours, quand on va se marier, une bonne chose que d'avoir la foi ; mais, n'importe ; crois-moi, garçon, ne perds pas de temps à aller lui annoncer ton arrivée et à lui faire part de tes espérances.

- J'y vais », dit Edmond.

Il embrassa son père, salua Caderousse d'un signe et sortit.

Caderousse resta un instant encore, puis, prenant congé du vieux Dantès, il descendit à son tour et alla rejoindre Danglars, qui l'attendait au coin de la rue Senac.

« Eh bien, dit Danglars, l'as-tu vu ?

- Je le quitte, dit Caderousse.

- Et t'a-t-il parlé de son espérance d'être capitaine ?

- Il en parle comme s'il l'était déjà.

- Patience ! dit Danglars, il se presse un peu trop, ce me semble,

- Dame ! il paraît que la chose lui est promise par M. Morrel.

- De sorte qu'il est bien joyeux ?

C'est-à-dire qu'il en est insolent ; il m'a déjà fait ses offres de service comme si c'était un grand personnage ; il m'a offert de me prêter de l'argent comme s'il était un banquier.

- Et vous avez refusé ?

- Parfaitement ; quoique j'eusse bien pu accepter, attendu que c'est moi qui lui ai mis à la main les premières pièces blanches qu'il a maniées. Mais maintenant M. Dantès n'aura plus besoin de personne, il va être capitaine.

- Bah ! dit Danglars, il ne l'est pas encore.

- Ma foi, ce serait bien fait qu'il ne le fût pas, dit Caderousse, ou sans cela il n'y aura plus moyen de lui parler.

- Que si nous le voulons bien, dit Danglars, il restera ce qu'il est, et peut être même deviendra moins qu'il n'est.

- Que dis-tu ?

- Rien, je me parle à moi-même. Et il est toujours amoureux de la belle Catalane ?

- Amoureux fou. Il y est allé ; mais ou je me trompe fort, ou il aura du désagrément de ce côté-là.

- Explique-toi.

- A quoi bon ?

- C'est plus important que tu ne crois. Tu n'aimes pas Dantès, hein ?

- Je n'aime pas les arrogants.

- Eh bien, alors ! dis-moi ce que tu sais relativement à la Catalane.

- Je ne sais rien de bien positif ; seulement j'ai vu des choses qui me font croire, comme je te l'ai dit, que le futur capitaine aura du désagrément aux environs du chemin des Vieilles-lnfirmeries.

- Qu'as-tu vu ? allons, dis.

- Eh bien, j'ai vu que toutes les fois que Mercédès vient en ville, elle y vient accompagnée d'un grand gaillard de Catalan à l'oeil noir, à la peau rouge, très brun, très ardent, et qu'elle appelle mon cousin.

- Ah ! vraiment ! et crois-tu que ce cousin lui fasse la cour ?

- Je le suppose : que diable peut faire un grand garçon de vingt et un ans à une belle fille de dix-sept ?

- Et tu dis que Dantès est allé aux Catalans ?

- Il est parti devant moi.

- Si nous allions du même côté, nous nous arrêterions à la Réserve, et, tout en buvant un verre de vin de La Malgue, nous attendrions des nouvelles.

- Et qui nous en donnera ?

- Nous serons sur la route, et nous verrons sur le visage de Dantès ce qui se sera passé.

- Allons, dit Caderousse ; mais c'est toi qui paies ?

- Certainement », répondit Danglars.

Et tous deux s'acheminèrent d'un pas rapide vers l'endroit indiqué. Arrivés là, ils se firent apporter une bouteille et deux verres.

Le père Pamphile venait de voir passer Dantès il n'y avait pas dix minutes.

Certains que Dantès était aux Catalans, ils s'assirent sous le feuillage naissant des platanes et des sycomores, dans les branches desquels une bande joyeuse d'oiseaux chantaient un des premiers beaux jours de printemps.[1][2] ...

法语语音:辅音表四

  字母 N

  当法语字母 N 在单词或音节的开始, 发音象英语的 N , 但发音时舌头顶住上齿,而不在上齿后面.

  练习:    neuf 九    noir 黑色    sonner 响铃

  当字母组合 NG 在词尾, 发音象英语的 ng . 在词中, N 和 G 单独发音.

  练习:    smoking 无尾礼服

  字母 P

  法语字母 P 发音象英语的P , 但它在词头不送气.

  练习:    père 爸爸    pomme 苹果    soupe 汤

  字母组合 PH 发音象英语的 F.

  练习:    pharmacie 杂货店    téléphoner à 打电话

  字母 Q

  字母 Q 的发音 = K , 象英语一样, 后面必须跟随 U, 但从来不象英语中 Q 的发音 .

  练习:    banque 银行

...

法语格林童话:LE RENARD ET LES OIES

Le renard tomba un jour au beau milieu d'un troupeau d'oies bien grasses et bien dodues qui paissaient dans un champ. T éclata de rire et dit:

- On ne saurait arriver mieux à point! On croirait que vous m'avez appelé, mes jolies, à vous voir toutes là, bien gentiment, à attendre que je vous croque l'une après l'autre!

Tout le troupeau se mit à caqueter d'épouvante, tête dressée; ` et ce fut un concert de lamentations et de supplications pour obtenir vie sauve. Le renard ne se laissa point attendrir pour si peu.

- Il n'y a pas de grâce qui tienne, leur dit-il, et vous allez toutes mourir!

Pour finir, il y eut une oie qui rassembla tout son courage et qui lui dit :

- Puisqu'il est dit que nous devons mourir toutes dans la fleur de notre jeunesse, malheureuses oies que nous sommes, tu nous accorderas au moins la grâce que personne n'oserait refuser à personne, et tu vas nous laisser faire notre prière afin que nous ne mourions pas en état de péché ! Après, nous nous alignerons en bon ordre, et tu n'auras qu'à choisir au fur et à mesure la plus grasse et la meilleure à ton goût..

- Oui, reconnut le renard, c'est une juste requête et une pieuse intention. Faites donc votre prière ; j'attendrai.

Alors la première commença avec ses ca-ca-ca une longue, mais vraiment longue litanie qui n'en finissait pas, et ca-ca-ca, et ca-ca-ca, si longue et si interminable que la deuxième n'attendit pas la fin pour prier à son tour; elle commença, elle aussi, ca-ca-ca, sa litanie interminable; et la troisième, à son tour, commença sans attendre son tour; puis la quatrième, et enfin toutes les autres, ca-ca-ca : toutes les oies du troupeau prièrent et caquetèrent ensemble la litanie des oies.

(Et quand elles auront fini, on pourra vous raconter la fin du conte; mais pour le moment, elles sont toujours en train de prier.)

...

法语语法之时态汇总

现在时 le présent de l’indicatif

将来时 Le future de l’indicatif

最近将来时 Future proche

简单将来时 Future simple

先将来时 Future antérieur

未完成过去时 L’imparfait de l’indicatif

复合过去时 Le passé composé de l’indicatif

愈过去时 Le plus-que-parfait de l’indicatif

条件式 Le conditionnel (présent/passé)

虚拟式 Le subjonctif(présent/passé/imparfait/plus-que-parfait)

被动态 La forme passive

先过去时 Passé antérieur

简单过去时 Passé simple

正在进行时 Présent progressif

最近过去时 Passé récent

1.现在时:描写发生的动作或状态/表达习惯性动作/描述真理

例 :j’écris un article Aimer Finir

Il a mal à l’estomac J’aime Je finis

Ma mère va au bureau à 7h du matin Tu aimes Tu finis

L’eau bout à 100°c Il/elle aime Il/elle finit

J’arrive tout de suit Nous aimons Nous finissons

Vous aimez Vous finissez

Ils/elles aiment Ils/elles finissent

第一组 (-er) 第二组 (-ir) 第三组(-re)

2.简单将来时

动词变化:

以 -rai -ras -ra -ra -rons -rez -ront -ront 结尾

Etre Avoir

Je serai J’aurai

Tu seras Tu auras

Il/elle sera Il/elle aura

Nous serons Nous aurons

Vous serez Vous aurez

Ils/elles seront Ils/elles auront

例:Demain j’irai au cinéma.

Elle sera ici demail.

3最近过去时

4最近将来时:表达刚刚结束的动作 Aller+动词原形

Venir de +动词原形 Je vais aller au cinéma.我将要去电影院

Je viens de partir.我刚刚走

5未完成过去时

动词变化:以-ais -ais -ait -ait –ions- iez –aient –aient结尾

表达过去描写的背景/ 环境 /人物

未完成过去时主要表达/描写 /叙述/事情

表达过去发生的习惯性动作

Hier martin ,il faisait mauvais, le ciel était nuageux.

昨天早上天气很坏,乌云密布

Quand j’étais à paris ,je me promenais tout les jours au bord de la Seine.

当我在巴黎的时候,每天我都去河边散步

比较 最近将来时 未完成过去时 最近过去时

IL est sept heurts, le match va finir. 现在七点 比赛马上结束

IL était sept heurts le match allais finir. 那时是7点 比赛马上结束

Ma fille est contente, elle viens de recevoir un cadeau.我女儿很高兴,他刚刚收到一个礼物

Ma fille étais contente , elle venait de recevoir un cadeau.我女儿那时很高兴,他刚收到一个礼物

6复合过去时

动词变化 être(avoir)+过去分词

表示已经结束的动作

Il est sorti 他出去了

Elle a démenagé 他已经搬家了

Etre做助动词用于 venir partir entrer montre desendre reste tombre sortir等

注 以se 形式的自反动词也用être做助动词

剩下用avoir做助动词

第一组动词 将词尾-er换成-é parler parlé

第二组动词 将词尾-ir换成-i finir fini

第三组动词 有四种词尾:-i -u -s -t sortirrépondremettredire sortirépondumisdit

有些第三组动词过去分词:

avoir euêtre étéfaire faitlire lu attendre attenduentendre entenduconnaître connuvouloir voulupouvoir pusavoir suvoir vubire bufalloir fallupleuvoir plu

prendre priscomprendre comprisecrire écrit

Bien, déjà, beaucoup, encore等副词放在助动词与过去分词之间。如:Vous avez bien dit.

作直接宾语或间接宾语的人称代词放在助动词前:否定:Nous ne l’avons pas encore visité

7被动语态

结构 être+动词的过去分词

现在时 Mon pere répare mon vélo Mon vélo est réparé par mon père.

未完成过去时 Mon pere réparait mon vélo Mon vélo étais réparé par mon père.

复合过去时 Mon pere a réparé mon vél Mon vélo a été réparé par mon père.

简单将来时 Mon pere réparera mon vélo Mon vélo sera réparé par mon père.

最近过去时 Mon pere vient de réparer mon vélo Mon vélo vient d’être réparé par mon père

愈过去时 Mon pere avait réparé mon vélo Mon vélo avait été réparé par mon père

不定式 Mon pere peut réparer mon vélo Mon vélo peut être réperé par mon père

最近将来时 Mon pere va réparer mon vélo Mon vélo peut êre réparé par mon père

当上下文以表达时,可以省掉补语par后面的句子

Je vinens d’écris une lettre à mes parents.Elle sera envoyée demain.

当主动语态由on充当时,在被动语态是可以省掉

On a réserve toutes les table.有人定了位子

Toutes les table ont été réservées.所有位子都被定了

8先将来时

1.构成

avoir (简单将来时)+ 过去分词: j’aurai parlé

être (简单将来时)+ 过去分词: je serai allé (e)

parler aller

j’aurai parlé nous aurons parlé je serai allé (e) nous serons allés (es)

tu auras parlé vous aurez parlé tu seras allé (e) vous serez allé (e) (s) (es)

il aura parlé ils auront parlé il sera allé ils seront allés

elle aura parlé elles auront parlé elle sera allée elles seront allées

se lever

je me serai levé (e) nous nous derons levés (es)

tu te seras levé (e) vous vous serez levé (e) (s) (es)

il se sera levé ils se seront levés

elle se sera levée elles se seront levées

用法:

quand, lorsque, dès que (as soon as) 等引导的时间状语从句中,表示在另一将来动作之前先完成的动作,相当于英语中的现在完成时或一般现在时。

Nous ferons une promenade quand nous aurons fini nos devoirs.

Elle vous écrira dès qu’elle sera arrivée à Paris.

也可用于主句或独立句中,一般都有状语从句或时间状语限制;相当于英语中的将来完成时:

Ils seront sortis quand vous rentrerez à la maison.

Il aura réparé la voiture avant la pluie

9直陈式先过去时: 和愈过去时同样表示过去的过去,但它仅用于书面语

构成

avoir (简单过去时)+ 过去分词: j’eus parlé

être je fus allé (e)

parler aller

j’eus parlé nous eûmes parlé je fus allé (e) nous fûmes allés (es)

tu eus parlé vous eûtes parlé tu fus allé (e) vous fûtes allé (e) (s) ( es)

il eut parlé ils eurent parlé il fut allé ils furent allés

elle eut parlé elles eurent parlé elle fut allée elles furent allées

se lever

je me fus levé (e) nous nous fûmes levés (es)

tu te fus levé (e) vous vous fûtes levé (e) (s) (es)

il se fut levé ils se furent levés

elle se fut levée elles se furent levées

2.用法:

与简单过去时配合使用,某些连词引导的时间状语从句中。如下连词:dès que, à peine … que, aussitôt que, lorsque, quand

表示在一动作前不久刚发生的动作,相当于英语中与 as soon as, no sooner than 等一起使用的过去完成时。

Dès que l’enfant se fut couché, la mère se remit à travailler à la lumière de la lampe.

在 à peine … que 引导的从句中,采用主谓倒装词序

A peine eut-elle parcouru la lettre qu’elle poussa un cri de joie.

[1][2][3]

...

中法联合声明(中法对照)

2. Favoriser la résolution des questions globales

二、促进全球问题的解决

Promouvoir le développement durable 推动可持续发展

La France et la Chine s’engagent à travailler ensemble pour atteindre les objectifs du millénaire pour le développement, fixés en septembre 2000 à l’ONU. Elles s’engagent à lutter contre la pauvreté, la faim, la maladie, la dégradation de l’environnement, l’analphabétisme et la discrimination à l’égard des femmes.

中法两国承诺共同努力,争取实现2000年9月在联合国确定的千年发展目标。两国将努力消除贫困、饥饿、疾病、环境恶化、文盲和歧视妇女等现象。

Protéger l’environnement保护环境

La France et la Chine rappellent leur adhésion à la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (C.C.N.U.C.C.) et leur ratification du Protocole de Kyoto. Dans ce cadre, elles appellent à la promotion du Mécanisme pour un Développement Propre (M.D.P.), prévu par l’article 12 du Protocole, comme contribution efficace au développement durable et à la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

中法两国重申支持《联合国气候变化框架公约》,并核准了《京都议定书》。在此框架内,两国呼吁推动议定书第12条提出的清洁发展机制的实施,以有效促进可持续发展,减少温室气体的排放。

Afin d’assurer une meilleure prise en compte des préoccupations environnementales par la communauté internationale, elles appuient le renforcement du rôle du Programme des Nations Unies pour l’Environnement et l’organisation de vastes discussions sur sa réforme. Elles entendent renforcer leurs consultations à ce sujet.

为确保国际社会进一步关注环境问题,两国支持加强联合国环境规划署的作用,支持就其改革问题进行广泛的讨论。两国愿就此问题加强磋商。

Soutenir un commerce international équilibré et une mondialisation solidaire

支持平衡的国际贸易和互惠互利的全球化

La France et la Chine réaffirment leur attachement à l’Organisation Mondiale du Commerce, unique enceinte d’élaboration des règles commerciales mondiales, et au système commercial multilatéral, ainsi que leur volonté de contribuer à travers l’OMC, à la croissance économique, au développement et à l’emploi.

中法两国重申重视世界贸易组织和多边贸易体制,认为世贸组织是唯一制定世界贸易规则的机构;两国重申将致力于通过该组织促进经济增长、发展和就业。

Dans le cadre de l’OMC, la France et la Chine s’engagent à travailler ensemble à l’établissement d’un ordre commercial international équitable, juste et ouvert, et à renforcer leurs consultations et leur coopération en la matière. Attachées à la mise en œuvre des conclusions du Sommet de Doha, la France et la Chine reconnaissent la nécessité d’aider les pays en développement, et en particulier les moins avancés, à s’intégrer véritablement dans le système commercial multilatéral et dans l’économie mondiale.

在世贸组织的框架下,两国承诺共同致力于建立公平、公正和开放的国际贸易秩序,加强在相关领域的磋商与合作。两国重视实施多哈会议各项决议,认为必须帮助发展中国家,特别是最不发达国家,真正融入多边贸易体制和世界经济。

A l’heure où la mondialisation engendre des conséquences économiques et sociales parfois difficiles, la France et la Chine réaffirment leur attachement à la mise en œuvre d’une mondialisation solidaire qui intègre la dimension sociale et soit fondée sur un commerceéquitable afin d’aboutir à l’élimination de la pauvreté et d’assurer le développement durable.

鉴于全球化往往带来不良的经济和社会后果,中法两国重申支持关心社会问题、以公平贸易为基础的互惠互利的全球化,从而最终消除贫困,确保可持续发展。

Promouvoir conjointement la diversité culturelle

共同推动文化多样性

La France et la Chine rappellent leur attachement à la diversité culturelle du monde. Elles apportent leur soutien et entendent participer activement aux différentes activités dans le cadre de l’élaboration d’une convention internationale sur la diversité culturelle sous l’égide de l’UNESCO. Elles estiment toutes deux que l’ASEM peut contribuer à la promotion du dialogue, de la compréhension et du respect mutuel entre les différentes cultures et civilisations du monde.

中法两国重申主张世界文化多样性,支持并愿积极参与联合国教科文组织主持起草文化多样性国际公约的各项活动。一致认为亚欧会议能够为推动世界不同文化与文明间的对话、理解和相互尊重做出贡献。

Travailler davantage ensemble dans les enceintes internationales de négociation

在国际谈判机制中进一步合作

La France et la Chine se félicitent du succès de la première participation de la Chine à une réunion en marge du Sommet du G8 à Evian. Elles conviennent de travailler ensemble à la promotion de ces relations de dialogue et de coopération, y compris à la participation accrue de la Chine aux mécanismes de concertation ad hoc.

中法两国对中国首次成功出席八国集团埃维昂首脑会议期间举办的会议感到高兴。两国同意共同促进双方这种对话和合作关系,包括中国更多地参与专门协商机制。

Elles appellent à systématiser leurs démarches de réflexion commune au sein des enceintes internationales de négociation, telles l’OMS ou l’OIT, et à accroître leurs échanges par des visites régulières des responsables en charge de ces questions.

两国呼吁,进一步使双方在世界卫生组织、国际劳工组织等国际谈判机制中的协调系统化,通过有关负责人的定期互访加强交流。

Lutter en faveur du droit à la santé et contre les épidémies

促进健康权利和防治传染病

La récente épidémie de SRAS, le maintien de grandes pandémies telles que le SIDA, le choléra ou la tuberculose démontrent la nécessité de prendre des mesures tendant à intensifier le renforcement des capacités dans le secteur de la santé publique, y compris en ce qui concerne les systèmes de prévention et d’immunisation des maladies contagieuses, pour favoriser le développement économique et le progrès social. Soucieuses d’équité et de solidarité, la France et la Chine conviennent de renforcer la coopération scientifique internationale et la recherche dans ces domaines.

前不久发生的非典疫情,以及艾滋病、霍乱、结核病等严重传染病继续流行,表明必须采取措施强化包括传染病预防和免疫制度在内的公共卫生能力建设,以此促进经济和社会发展。为实现公平和互助,中法两国同意加强在上述领域的国际科学合作以及有关研究工作。

Afin d’atteindre cet objectif, elles conviennent de renforcer leur concertation au sein des Nations Unies, de l’OMS et des organisations internationales concernées.

为实现这一目标,两国同意加强在联合国、世界卫生组织及相关国际组织内的协调配合。

Renforcer la coopération en faveur des droits de l’Homme et de l’Etat de droit

加强在促进人权和法制建设领域的合作

La France et la Chine soulignent la nécessité de promouvoir et de protéger les droits de l’Homme conformément aux buts et principes de la Charte des Nations Unies, en respectant l’universalité de ces droits, et estiment que tout en tenant compte des spécificités de chacun, il est du devoir des Etats de promouvoir et de protéger tous les droits de l’Homme et toutes les libertés fondamentales. Elles estiment que le respect des droits de l’Homme est une des conditions nécessaires au développement harmonieux de tout pays et confirment l’importance du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et des autres conventions internationales concernées. La Chine a créé un groupe de travail pour ratifier dans les meilleurs délais le Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Les deux parties soulignent l’importance du dialogue euro-chinois sur les droits de l’Homme et souhaitent son renforcement.

中法两国强调,促进和保护人权应遵守《联合国宪章》的宗旨和原则以及人权的普遍性,认为各国有义务在考虑到本国特殊性的前提下,促进和保护一切人权和基本自由。双方认为尊重人权是国家和谐发展的必要条件之一,并确认联合国《经济、社会及文化权利国际公约》和《公民权利和政治权利国际公约》及其它有关国际公约的重要性。中方为尽快批准《公民权利和政治权利国际公约》成立了工作小组。双方强调中欧人权对话的重要性,并希望加强此对话。

* * *

Le Gouvernement français confirme sa position constante sur l’unicité de la Chine. Il s’oppose à quelque initiative unilatérale que ce soit, y compris un référendum qui viserait à modifier le statu quo, accroîtrait les tensions dans le détroit et conduirait à l’indépendance de Taiwan. Il considère que les relations entre les deux rives du détroit doivent reposer sur un dialogue constructif afin de trouver un règlement pacifique à la question de Taiwan et d’assurer la stabilité et la prospérité dans la région.

法国政府确认坚持一个中国的一贯立场。法国政府反对包括公投在内的旨在改变现状、加剧台海紧张局势和导致台湾独立的任何单方面举动。法国政府认为应以建设性对话作为台海两岸关系的基础,和平解决台湾问题,以保证该地区的稳定、繁荣。

* * *[1][2][3] ...